Critique de film
Brødre : Markus et Lukas

Comment faire d’un film de famille du cinéma ? La question a déjà été posée, l’autodocumentaire n’est pas un genre nouveau mais il résonne ici de manière fort belle et poétique. Une mère, la documentariste Aslaug Holm, décide de filmer ses deux fils durant une dizaine d’années et de monter tous ses rushs en un film délicat et moins superficiel qu’il n’y paraît sur le passage du temps.

La première scène est magnifiquement évocatrice. Markus et Lukas, les deux frères, s’apprêtent à sauter dans l’eau depuis un promontoire. Le plus grand saute et encourage le plus petit à le faire. Ce dernier hésite, avance, recule et finit par renoncer, l’épreuve lui paraissant trop risquée. Belle métaphore de l’entièreté du film. Deux frères qui grandissent côte à côte, comme deux inséparables amis, et qui passent les épreuves de la vie comme autant de passages obligés pour grandir. Toutefois, le film n’est pas une tentative de capter des « premières fois », mais au contraire de se concentrer sur le quotidien, sur l’anecdotique, sur la vie qui passe et qui ne s’arrête jamais. Il est d’ailleurs étonnant de voir cette mère hors champ, filmeuse qui tantôt parvient à se faire totalement oublier (cette première scène), tantôt reprend son rôle de mère (quand à l’école son fils se fait insolent, quand dans la salle de bains, le grand, devenu ado, ne supporte plus d’être filmé).

Ce film est d’abord pour ses enfants, pour ne pas que glissent dans l’oubli ces moments précieux, mais il est également pour la réalisatrice elle-même qui tente d’inscrire dans sa propre histoire celle de Markus et Lukas. Ainsi, à plusieurs reprises, le film se permet d’interrompre sa course vers l’avant pour revenir en arrière, sur l’histoire de la famille, sur l’héritage dont sont issus ces deux enfants. Ici à travers une photo de classe des grands-parents, là à travers l’anecdote du père, pêcheur, dont le bateau a coulé dans une rivière sur laquelle les enfants font de la barque.

On ne peut s’empêcher de penser à Boyhood de Richard Linklater, ce film de fiction au long cours qui suivait un acteur à travers son passage de l’enfance à l’adolescence. Ici aussi, on retrouve ces moments délicats, comme lorsque l’un d’eux décide de se faire le look de Billie Joe Armstrong de Green Day et anticipe la réaction de son père. Il s’y passe quelque chose de très émouvant. Mais ici, point de fiction, juste le témoignage plein d’amour et de délicatesse d’une mère pour ses fils, un film de cinéma pour témoigner de vies qui passent et qu’on essaie tant bien que mal de retenir un peu.

Réalisateur : Aslaug Holm

Acteurs : inconnus

Durée : 01h42

Date de sortie FR : 11-07-2018
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 16 Juillet 2018

AUTEUR
Grégory Audermatte
[177] articles publiés

"Schizophrène cinéphile qui s'éclate autant devant The Hobbit que devant un  B&...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES