Critique de film
007 Spectre

Mexico - Fête des morts

Quelle scène prégénérique dantesque ! Dans les ruelles de Mexico, vue aérienne sur un carnaval funeste où les corps s'ébrouent par milliers au rythme des percussions. La caméra descend à hauteur d'homme, démarre alors un plan séquence sur un couple qui fend la foule à contre courant avant de pénétrer un vieil immeuble à la façade décrépie. La femme retire son masque dans la chambre, l'homme retire le sien, Craig et son visage de cire à l'émotion imperceptible. La femme s'allonge sur le ventre lascive mais le goujat se fait la malle en passant par la fenêtre, un fusil de sniper en bandoulière. Bond est en mission undercover et va évidemment tout faire péter aux frais de sa majesté. Un homme dans la lunette, un immeuble qui s’effondre, une poursuite au cœur du festival, un combat en suspension sur les patins d’un hélicoptère. Un ballet aérien. Du très grand art !

Générique d’ouverture classieux comme à l’accoutumée où de larges tentacules de pieuvre déclinent des souvenirs de Bond version Craig (Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall et Spectre) en crachant des traînées d’encre. La voix très aigue de Sam Smith sur le titre « Writing’s on the Wall » ne fait pas oublier celle d’Adèle dans Skyfall et irrite un peu le tympan.

Rome – Nouvel Ordre Mondial – le spectre d'Eyes Wide Shut

Retour par la maison mère pour Bond qui se fait tirer le pavillon par le nouveau M (Ralph Fiennes) avant d’être consigné à résidence pour avoir démoli un building de l'autre côté de l'Atlantique. Mais Bond ne l’entend pas de cette oreille donc et s’associe à Moneypenny et Q avant de mettre les voiles à Rome pour assister aux obsèques du tueur de Mexico. Au volant d’une Aston Martin DB10 flambant neuve, Bond sillonne les artères de la capitale italienne avant de séduire la veuve noire. Monica Belluci succombe sans que Craig n’ait à ciller, en est-il seulement capable ? 

Après avoir délivré un premier volet très sombre, Sam Mendes a choisi de revenir à un épisode plus léger, proche des premiers James Bond. Truffé de références qui plairont aux passionnés, on y chine des gadgets, déguste une vodka martini dans un train de nuit, conduit des voitures bondissantes et côtoie d'inaccessibles James Bond Girls.

Le scénario est aussi plus classique. On y approche une organisation tentaculaire, cousine éloignée de celle de Moonraker, avoisinant un Nouvel Ordre Mondial cher aux conspirationnistes. On s’imaginerait presque dans Eyes Wide Shut avant que Christoph Waltz ne lâche un « Coucou James » bien loin de l'atmosphère angoissante  provoquée par le « Masked Ball » de Jocelyn Pook dans le dernier film de Kubrick.

Autriche – Rien que pour vos yeux 

Une course-poursuite de voitures plus tard et une Aston Martin larguée dans le Tibre, on saute dans un télésiège pour renouer avec les heures de gloire de la glisse bondienne (L’espion qui m’aimait, Rien que pour vos yeux, Octopussy, Le monde ne suffit pas, Au service de sa majesté). Si Mendes tutoie le passé, il ne fait pourtant rien comme les autres, Bond version Craig ne chausse pas de skis, il dévale la piste sur un avion dans une scène rocambolesque à la poursuite des kidnappeurs de Léa Seydoux. C’est à ce moment qu’on décolle… ses yeux de l’écran.

En dépit de tous les efforts de Mendes pour donner un coup de fer au smoking de Bond, Spectre n’a pas la force et la puissance de Casino Royale, pas la profondeur introspective de Skyfall dont le ciel mordoré auréolait le visage dément de Javier Bardem dans un final mémorable. Waltz ne sera jamais aussi méchant que dans Inglourious Basterds, Craig n’aimera jamais que Vesper Lynd qu’il a vu se noyer sous ses yeux. 

Tanger – ine dream

Spectre c'est le nouveau rêve d’un illuminé, un de plus qui jalonne la franchise. Celui de Waltz a des réminiscences dans le passé de Bond. Et Mendes de faire la jonction entre ses deux épisodes et les quatre qui ont eu Craig comme porte-drapeau. Dans le désert du Maroc, on dénoue les enjeux assez plats de l’épisode. On commence alors à penser à autre chose qu’au film, on se remémore les anciens volets en cherchant à comprendre ce qui nous lie à eux si ce n’est la simple concordance d’une existence commune. C’est peut-être le résultat masqué de Spectre, nous confronter à notre propre fantôme.

London - calling down

James Bond a quelque chose d’unique dans l’histoire du cinéma. Tous les films racontent à peu près la même chose. Les visages changent mais les personnages sont identiques, l’histoire est une variation d’un même thème à l’esthétique immuable. On peut préférer l’un à l’autre mais finalement on s'attache surtout à l'ensemble. Mendes en profite tout de même pour nous parler de sa peur d’une société où le spectre du cauchemar orwellien dévorerait les libertés individuelles. Bond transmet une idée par film derrière son emballage de film d’action rassurant... 2h30 pour une idée c'est un brin longuet tout de même.

Réalisateur : Sam Mendes

Acteurs : Daniel Craig, Christoph Waltz, Lea Seydoux

Durée : 2h30

Date de sortie FR : 11-11-2015
Date de sortie BE : 11-11-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 11 Novembre 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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