Critique de film
127 Heures

127 heures c’est le temps qu’il aura fallu à Aron Ralston pour décider de s’amputer le bras qu’il avait broyé et coincé sous un rocher. Se réjouissant de la portée universelle de ce fait divers, Danny Boyle a choisi d’adapter le livre autobiographique du jeune ingénieur alpiniste au titre stallonien Plus fort qu’un roc. Nouveau défi de taille pour le réalisateur britannique ou plutôt retour aux sources, car si l’on oublie un instant le gigantisme des décors, à savoir des canyons immortels, véritable fentes démoniaques dans lequel l’homme s’est laissé prendre au piège, on retrouve l’atmosphère en huis-clos de ses premiers films et le principe de l’enfermement et de la solitude qui se dégageait de TrainspottingPetits meurtres entre amis et A life less ordinary.

James Franco est chargé d’incarner ce héros du courage. Tout commence pourtant bien. Split screen habituel qui divise l’écran en trois colonnes dès le générique. Split screen que rien ne justifie si ce n’est le rythme sans doute, car le nœud de la mise en scène sera bien celui-là. Comment donc donner du rythme à une histoire confinée dans un cratère large de 80 cm et profond de quatre mètres. Regarder Buried peut-être ? Ou alors condenser l’essentiel de la virtuosité physique de la réalisation dans les vingt premières minutes et, première dans l’histoire du cinéma, avoir deux directeurs de la photo sur le tournage. Musique à donf, préparation du sac à dos du parfait alpiniste (mince la main n’atteint pas le couteau suisse qu’elle effleure pourtant au fond de l’armoire) : mousquetons, eau, snacks et caméra pour se filmer ! Tout y est. Boyle fait péter les plans, ça enchaîne grave, James sur son moutain-bike slalomant dans les rochers de l’Utah. Cool, il tombe sur deux nanas après s’être vautré par terre en rigolant. Ce qui prouve que c’est un hédoniste. Il est aussi asexué que Christopher McCandless (le héros d’Into The Wild), ce qui l’excite c’est la nature, le grand vide terrestre. Le temps de faire trois plongeons dans une mare rappelant the Beach et l’aventurier repart seul vers son destin.

L’accident se produit à l’abri du monde, loin, très loin de toute trace de vie autre que le vol d’un corbeau et l’infinie mélancolie des trajets mécaniques des fourmis. Ralston est coincé, le bras prisonnier, il hurle de peur avant de se raviser. Il dispose son matériel devant lui, suspendu au-dessus du sol, une gourde, une montre, une caméra, un couteau pas vraiment aiguisé… Au fur et à mesure des heures, les petits drames propres à la vie solitaire se succèdent : faire tomber son couteau, le récupérer avec une branche de bois coincée entre les orteils. Mais l’ennui guette, alors Boyle concentre le récit sur la sensation de soif qui étrangle rapidement Ralston et avec elle il extrait Ralston de son canyon par l’intermédiaire de ses délires, ses visions du futur où une femme et un enfant le regardent lentement survivre. Les hallucinations s’enchaînent, elles redonnent de la vitesse à la trame mais échouent toutes sur le regard désespéré du réel. Ralston se filme alors pour parler à ses parents, uniques prises factices sur la paroi de la chute. Cette sensation de soif est évidemment très difficile à rendre, beaucoup plus que l’exiguïté du cercueil de Buried. Boyle poussera le bouchon un peu trop loin en extirpant sa caméra du gouffre et en lui faisant faire le chemin inverse jusqu’au coffre de la voiture de Ralston pour atterrir sur une bouteille de Gatorade. Placement produit ultime d’une gigantesque pub pour la boisson désaltérante.

Dès lors on attend la chute, celle qu’on connaît depuis le début, à savoir la mutilation salvatrice. Particulièrement pénible à imaginer, cette épopée humaniste et relativement incroyable s’achèvera dans un halo sentimentaliste où Ralston parcourt des kilomètres avec son moignon sanguinolent avant de trouver de l’aide et de s’échapper du canyon de Moab en hélicoptère. Et Boyle de plagier la fin de La liste de Schindler en conviant à la messe héroïque Ralston lui-même et son épouse assis sur un canapé et fixant la caméra comme pour souligner le réalisme d’une réalisation de l’intime solitude.

Réalisateur : Danny Boyle

Acteurs : James Franco, Amber Tamblyn, Kate Mara

Durée : 1h34

Date de sortie FR : 23-02-2011
Date de sortie BE : 16-02-2011
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Critique mise en ligne le 10 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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