Critique de film
A Girl Walks Home Alone at Night

Titre fleuve, douce poésie introductive d’un film étrange et séduisant. A Girl Walks Home Alone At Night est le premier long métrage d’Ana Lily Amirpour, cinéaste et leader d’un groupe d’Indie-Rock, remarqué à Sundance et à son pendant français Deauville US. Cette histoire de vampire filmée en noir et blanc surprend par sa beauté plastique, assez proche d’un Rumble Fish/Rusty James de Coppola mais déçoit quelque peu par l’obsession cyclique de son thème, le féministe revenge movie vampirique.

Everything but the girl

Le scénario de A Girl Walks Home Alone At Night n’est en effet pas le point fort de l’entreprise… Dans la ville imaginaire de Bad City, vaporeuse cité, une jeune vampire, nommée Le Fille (Sheila Vand) se nourrit de proies masculines qu’elle punit de leur condition sexuelle. Une petite frappe cocaïnomane, un vieux libidineux héroïnomane, un pauvre sdf alcoolique… un gamin au skateboard épargné mais sévèrement mis en garde pour les années futures comme si son ADN était perverti. Au moins les prédateurs ne sont pas que masculins, ce qui n’est pas pour nous déplaire, cette veuve noire en tchador a du chien et elle charrie avec elle la colère d'une oppression historique. Mais on se demande bien pourquoi le clodo est associé au pervers et au voyou...

Ce qui est beau, et finalement assez rare dans un cinéma de plus en plus bavard, à savoir raconter une histoire dans une économie du verbe, tout en laissant le temps faire son œuvre, peut à force devenir un peu plombant... esthétisme de surface visant à couvrir une surface creuse. On en est pas très loin.

C’est beau et doux notamment dans une très belle scène où La Fille invite chez elle Arash (Arash Marandi, avatar des acteurs des années 50, jeans serrant et tee-shirt blanc rentré "fureur de vivre"), le jeune homme dont elle tombe amoureuse et qu’elle épargne. Elle met un disque pendant qu'elle est filmée de profil en dodelinant de la tête au rythme de la musique. Il n’y a qu’elle dans le cadre, Arash est hors champ. La scène s’étire et tout doucement le jeune homme rentre dans l'image, dans le dos de La Fille, elle se retourne, toujours lentement puis finit par l’embrasser dans le cou après lui avoir penché la tête en arrière. La scène a duré de longues minutes mais bercé par la bande-son racée, ça produit son effet. A d’autres moments, c’est furieusement long… surtout quand il ne se passe rien ou que tout n’est que répétition.

Un film de vampire poétique qui manque un peu de crocs ou de nerfs à vif, de gorges saillantes et de pouls qui battent la chamade en rouge sang. Certes les influences de la jeune réalisatrice sont digérées mais parfois trop évidentes, le cinéma américain et ses codes du teenage movie notamment. Tout ça pour dire que si l’enveloppe est belle et qu’elle trotte dans les veines, elle ne permet pas de sublimer le manque d’enjeux dans le propos. Peut-être faut-il simplement prendre A Girl Walks Home Alone At Night pour ce qu'il est, un élégant exercice de style revisité par une réalisatrice américano-iranienne qui a savamment mélangé ses deux racines pour en extraire un film délicieusement mis en images.


 

Durée : 1h40

Date de sortie FR : 14-01-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 05 Janvier 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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