Critique de film
A la merveille

Comment peut-on mettre la note maximale à The Tree of Life et une seule étoile à A la merveille (To The Wonder) alors que les deux films se ressemblent furieusement, épousant la même ravissante mise en scène : caméra qui avance en travelling, voix off pour rythmer la narration, personnages qui incarnent des figures de l’amour ici (figures de la famille dans The Tree of Life) et qui dansent devant la caméra comme des enfants tournoyant sur eux-mêmes pour manifester la candeur ? Eh bien tout simplement parce qu’A la merveille semble être la caricature de The Tree of Life sans jamais frôler sa grâce et sa profondeur et que Malick parle beaucoup mieux de la famille que de l'amour.

Le discours est pourtant le même. Au cœur de la vie, de l’amour et de la famille c’est le sacré qui doit être recherché. Mais alors que The Tree of Life cernait merveilleusement ses personnages, délimitait le champ de leur action et exhalait la mélancolie du souvenir, A la merveille semble condamner les siens à une représentation lourdingue de l’amour. Comment illustre-t-on l’amour dans un poème ? C’est la question à laquelle la mise en scène de Malick n’a pas réussi à répondre. Certainement pas en représentant des visages tantôt joyeux, tantôt tracassés traversant des champs de blé sec, puis en tournoyant autour d’eux pendant qu’ils se touchent, se caressent, s’envisagent.

A la merveille démarre à Paris où Marina (Olga Kurylenko) tombe amoureuse du mutique Neil (Ben Affleck), personnage qui rappelle d'ailleurs étrangement celui assez creux joué par Sean Penn dans The Tree of Life. La caméra singulière d’Emmanuel Lubezki continue de découvrir le monde en avançant lentement, en apesanteur… après les quais de la Seine où ils scellent leur amour en attachant un cadenas à un des ponts de Paris (cliché ou métaphore de la prison reprise d'ailleurs plus tard dans le film), les deux amoureux convolent au Mont St Michel. Dans un décor désert et légèrement enneigé, Olga commence sa répétition de pas de danse. Ce sera une constante, Olga Kurylenko, personnage principal de cette fable sur l’amour, passant devant la caméra, dansant, se retournant de trois quart, regard dans le vide ou perdu vers le ciel.

Ils s’aiment, elle vient emménager avec sa fille aux Etats-Unis où vit Neil. Le rôle de la fille de Marina st le seul rôle un tant soit peu intéressant du film parce que moins immature que les adultes qui l’entourent. Ils s’engueulent, elle retourne à Paris. Flashback, Neil a été amoureux d’une blonde, Jane (Rachel McAdams) qu’il a connue dans son enfance. Il la retrouve, il l’aime, elle a peur, même visage tracassé qu’Olga Kurylenko. L’amour n’est pas une partie de plaisir avec Neil. Si il est mutique c’est sans doute à cause de cet amour contrarié. Allez savoir. Retour au présent. Marina s’ennuie à Paris, sa fille est retournée vivre avec son père. Elle repart aux States (bis repetitam), Texas visiblement. Ils se marient pour qu’elle ait des papiers. On croise le père Bardem qui cherche lui aussi l’amour mais en Dieu. Tout le monde passe et repasse devant la caméra, danse, tourne, fait ce qu’il peut pour exister sans direction d’acteur. On s’emmerde devant ce spectacle d’adultes qui jouent comme des enfants.

Dans The Tree of Life, Malick dialoguait avec l’enfant qui vivait encore en lui. C’était un dialogue de l’homme, ce qu’il était devenu, face au jugement de l’enfant qu'il avait été. Si les scènes aériennes, les longues courses dans les champs et les embrassades étaient supportables c’est qu’elles étaient justifiées. Malick cernait mieux la famille qu’il ne représente l’amour. Ici, l’amour ressemble à une publicité pour de la lessive. Tout semble lui échapper, ce style qu’il a inventé, ses personnages qui disparaissent devant l’écran en raison de leur manque d’épaisseur, l’idée même de l’amour, kitsch à souhait, relayée par la dimension religieuse qui lui donne du coffre. Sans elle l’amour est laid, ce n’est qu’un tourbillon factice, condamné à l’adultère.

A la merveille use et abuse de la métaphore de l’eau, pièces d’eau dans les jardins parisiens, mer qui monte au Mont Saint-Michel, tuyau d’arrosage au Texas, flaques d’eau, reportage sous-marin avec vol de tortue, évier, douche, étangs, lacs… la dernière image du film se referme d’ailleurs sur une pièce d’eau qui reflète le ciel et qui se confond en elle. L’amour terrestre, reflet déformé de l’amour divin. Impur, immature, informe… Quand Malick décide d’envisager l’amour religieux comme une forme plus accomplie et qu’il l’illustre par le soin accordé aux défavorisés par le père Quintana (Javier Bardem), on nage en pleine hypocrisie.

Le plus triste dans cette épreuve, c’est le peu d’attention accordé au personnage joué par Ben Affleck. L’homme est odieux, versatile, coureur, il s’abandonne à l’angoisse du couple, à la peur de l’échec. Il condamne en quelque sorte sa moitié (McAdams, Kurylenko) au désamour. Nous ne demandons pas à Malick d’avoir foi en l’amour terrestre mais d’avoir au moins l’égard de le traiter avec maturité. On dirait le film d’un enfant, un enfant perdu dans la valse des sentiments. Certains aimeront cette candeur, nous l’avons trouvé ridicule. 

Durée : 1h52

Date de sortie FR : 06-03-2013
Date de sortie BE : 29-05-2013
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Critique mise en ligne le 12 Mars 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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