Critique de film
A Perfect Day

Ne cherchez plus le feel-good movie de la semaine, du mois, de l’année… allez soyons fous. A Perfect Day (présenté à la toujours très inspirée Quinzaine des Réalisateurs) de Fernando Leon de Aranoa (connu pour son charmant Les lundis au soleil) contient tout ce qui fait le sel d’une bonne péloche : humour décapant, dialogues virtuoses, direction d’acteurs 5 étoiles, montage ciselé, scénario malin, mise en scène efficace, Tim Robbins, Tim Robbins, Tim Robbins !

Un bon film c’est un pitch qui s’énonce facilement ? Celui-ci est limpide. Un groupe d’humanitaires découvre un cadavre dans un puits. Pas cool pour les villageois qui veulent se désaltérer. L’histoire prend racine à la fin de la guerre des Balkans, le cessez le feu est fragile et le campagne truffée de mines. Evoluant sur la pointe des pieds et n’écoutant que leur sens du devoir, les 4 fantastiques (Del Toro, Robbins, Thierry et Kurylenko) entiché de leur traducteur vont redoubler d’efforts pour sortir le corpus delicti du puits, non sans se frotter à des problèmes techniques en pagaille et à des écueils bureaucratiques ubuesques à s’arracher la calotte glaciaire.

La force du film c’est avant tout son ton dévastateur usant de l’humour comme goupille pour désamorcer l’absurdité des situations. Ceux qui bossent pour des organisations humanitaires apprécieront la galerie de personnages qui leur rappellera des collègues voire leur propre reflet, de la jeune recrue idéaliste à l’accro aux règles en passant par le vieux briscard blasé et rompu aux échecs, A Perfect Day n’épargne personne. Le prix d’interprétation à celui qui rit de tout et surtout de lui-même, le dénommé B, Tim Fuckin Robbins dont on avait presque oublié le génie comique (que font les directeurs de casting), ses répliques hilarantes valent assurément de faire un crochet par le cinéma le plus proche de chez vous. Autre merveilleuse prestation, celle de Benicio à mille lieux des rôles mutiques et mystérieux qu’on lui propose constamment. On regrettera simplement la ficelle narrative de la rengaine sentimentale dans cette époustouflante galerie de portraits bien qu’elle fasse sens pour souligner la solitude sentimentale des déportés volontaires lorsqu’ils campent plusieurs mois loin de chez eux.

Fernando Leon de Aranoa filme ses personnages avec une ironie jouissive et une bonne dose de tendresse, construisant sa mise en scène autour de petites séquences rythmées et entrecoupées de respirations musicales sur vue d’hélicoptère où la bande son de tubes rock emballe le propos résolument pessimiste d'un air enjoué. Le tempo du film est parfait, on accompagne ses détours en épousant la route cabossée des humanitaires. La rupture entre le fond et la forme le rend aussi très attachant. Et la finesse d’analyse du milieu professionnel élève l’œuvre bien plus qu’elle ne le laisse modestement paraître, en équilibrant sans les opposer la vacuité de cette lutte pacifiste à l’abnégation de ces hommes et femmes à s’engager dans un mythe de Sisyphe. A Perfect Day traverse en road-movie métaphysique légèreté et gravité, transformant son périple en ode aux causes perdues.

Durée : 1h45

Date de sortie FR : 16-03-2016
Date de sortie BE : 16-03-2016
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 15 Mars 2016

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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