Critique de film
A Touch of Sin

Le lion d’Or de la 63e Mostra de Venise (Still Life), Jia Zhangke a enthousiasmé bon nombre de critiques au 66e Festival de Cannes en les prenant par surprise. Lui qui était davantage habitué à un cinéma engagé et réaliste ancré dans les zones semi-urbaines de la Chine délivre avec A Touch of Sin (Tian Zhu Ding) un film en quatre tableaux qui dénonce toujours la violence du capitalisme sur la société chinoise mais avec un style à la puissance quatre.

Dès la scène d’ouverture, le réalisateur opère un tour de force formel assez saisissant. Le cinéma dans toute sa splendeur éclate au visage du spectateur teinté d’une violence crue qui n’a rien à envier à Takeshi Kitano, par ailleurs producteur du film. Chaque personnage de cette fresque acerbe transmet en quelque sorte le relais à son successeur à l’écran, tous condamnés par le système inhumain qui les voit dépossédés de leur unicité, désormais certains chinois sont pétés de fric. Dans le premier volet, on suit Dahai, un mineur exaspéré par la corruption opérée par les dirigeants. Dahai est un justicier et la mise en scène de Zhangke a, dans cette partie, tout du western contemporain. San’er ensuite, le tueur sans remords qui n’a d’autre ambition que de tuer sur un mode Johnnie To ou Tsui Hark, combats à mains nues et avec armes à feu. Xiao Yu, la maîtresse et l’hôtesse d’accueil dans un salon de massage qui refuse les avances d’un client qui la fouette avec une liasse de billets avant de lui faire sa fête façon Wuxia Pian. Xiao Hui enfin, jeune ouvrier qui quitte un emploi pour un autre, découvre l’amour dans un bordel de province… la mise en scène achève une nouvelle fois sa mue pour devenir un drame social.

La virtuosité est étonnante, mais le rythme faiblit. Si l’œil est conquis, l’esprit quant à lui se met à douter… c’est qu’à travers ces différentes histoires qui se rejoignent sans vraiment se rencontrer on comprend le message même s'il prend des tours alambiqués et tortueux, on le comprend trop ou pas assez, on frôle l'exercice de style. Le capitalisme en prend plein le visage, l’envol économique de la Chine aussi. On voyage dans les histoires avec difficulté cependant, qu’est-ce qui les relie vraiment si ce n’est le rejet du système ? Si la première partie du film est brillante, le western et le personnage de Dahai font mouche (quelle tronche d’acteur ce Wu Jiang), dès la deuxième partie de ce tableau en quatre volets, on chute en intensité. Il y a beaucoup d’inégalités même s’il demeure une volonté de faire coïncider le tout notamment avec la permanence du lien entre l'homme et l'animal qui devient le fil rouge de la cruauté.

Personnellement j’ai senti que l’histoire m’échappait, elle ne me touchait plus alors qu'elle m'avait saisi dans son ouverture. Je la regardais avec une certitude objective : celle de voir un cinéma maîtrisé mais curieusement foutraque. On perçoit l’ampleur de l’ambition, on l’admire par instant mais on reste à l’écart. A Touch of Sin nécessite certainement une seconde vision, pour noter toute la richesse du cadre et pour apprécier encore davantage ces scènes qui se répondent en rendant hommage aux quatre genres qu’il explore avec brio. Le scénario aurait dû être un peu débroussaillé pour emmener le film vers des sommets qu’il tutoie...

Réalisateur : Jia Zhangke

Acteurs : Wu Jiang, Wang Baoqiang, Tao Zhao

Durée : 2h13

Date de sortie FR : 11-12-2013
Date de sortie BE : 11-12-2013
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Critique mise en ligne le 17 Mai 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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