Critique de film
A Voix Haute

Fort d’un joli succès télévisuel puis en salles (122 000 entrées au 16 mai et un nombre de copies en constante augmentation), À voix haute n’est pas qu’un énième film sur les banlieues. À travers l’exemple du concours Eloquentia, qui vise à élire chaque année « le meilleur orateur du 93 », Stéphane de Freitas rappelle à quel point la maîtrise de l’art oratoire est nécessaire à l’affirmation de soi. Pour « être » dans le monde, il faut savoir faire entendre sa voix.

La voie du « vivre-ensemble »

Cela, une sélection d’étudiants de l’Université de Saint-Denis vont l’apprendre pendant une année, formés par des professionnels (avocat, slameur, metteur en scène, chanteur) aguerris à l’exercice de la prise de parole en public. Le réalisateur Stéphane de Freitas, lui-même à l’origine de la création du concours, voit cette expérience comme « une manière de recréer du lien » et un vecteur d’« épanouissement individuel ». Et en effet, À voix haute est d’abord un film sur le vivre-ensemble, une petite communauté qui fait « littéralement » corps à travers certains exercices. Qui dialogue, qui débat (de liberté d’expression, de la réouverture des maisons closes, de la Saint-Valentin, etc.). Autant de joutes oratoires souvent jubilatoires qui s’entrechoquent, se répondent, tout en respectant toujours le point de vue de chacun. Il y a énormément de beauté dans la confiance que s’accordent les protagonistes et que nécessite le lâcher-prise revendiqué par l’expérience.

Exister par la parole

Cette confiance, c’est aussi le point de vue du film qui la permet. Sa petite voix. Rare et précieuse, résolument positive. Certains lui reprocheront son côté « feel good » docu, de ne montrer que l’écume « positive » de la réalité des banlieues, on peut y voir au contraire la portée universelle de son propos. Par son approche drôle, sensible, empathique, Stéphane de Freitas donne une dignité à ses personnages : Elhadj, Eddy, Souleïla, Leïla, etc., sont comme portés (en légère contre-plongée) par la caméra, enveloppés et stimulés par le regard de celui qui les filme. Les voir évoluer, apprendre, chercher, débattre durant cette année de formation provoque l’admiration. Leur parole les « inscrit » dans le monde. Ce sont des exemples à suivre.

Si la parole est une arme, elle est aussi un combat (que redouble la forme du concours). De la parole brisée (qu’évoque Leïla à travers la situation en Syrie) à la parole libérée, À voix haute est une leçon de vie pour tous. Un film qui stimule, qui énergise, qui donne envie de s’améliorer, de s’élever en prenant nous aussi la parole. Dans un monde où on nous apprend à écrire mais si peu à parler, le combat d’À voix haute est une nécessité.

Réalisateur : Stéphane De Freitas, Ladj Ly

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 1h39

Date de sortie FR : 12-04-2017
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Mai 2017

AUTEUR
Guillaume Saki
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