Critique de film
ACAB

Parler des flics pour illustrer la situation sociale et politique d'un pays n'est pas idiot. Nadav Lapid l'avait fait brillamment avec Le Policier il y a quelques mois. Stefano Sollima dont c'est le premier long métrage pense aussi qu'il peut être utile de dénoncer la violence sourde d'un pays, la haine qui l'habite à travers les rapports de force qui opposent les CRS italiens et ceux qui les affrontent ou les subissent. A la différence de Nadav Lapid pour qui les policiers se considéraient comme au-dessus des hommes, sortes de demi-dieux narcissiques et omnipotents, Stefano Sollima les voit plutôt comme des paumés sanguinaires, reflets non pas des oppositions politiques (dans Le Policier, les membres du GIGN local étaient confrontés à des révolutionnaires gauchistes) mais de la haine de l'autre, catalyseur de toutes les frustrations humaines.

 
Au travers de ces quatre ou cinq personnages principaux, Sollima investit une brigade de CRS, 3 anciens: Cobra, Mazinga et Negro, une jeune recrue Adriano qui est passée de la délinquance à l'ordre et enfin Carletto qui a été viré de la brigade après une bavure et qui travaille depuis comme gardien de parking. Dès le début du film qui sous les coups de batterie deSeven Nation Army des White Stripes montre la préparation des CRS, on assiste à des scènes de guerre de rues. Les policiers sont opposés aux ouvriers qui leur crachent dessus, ils finissent par leur rentrer dans le lard. Comme pour toutes les classes sociales qu'ils affronteront, ils finiront toujours pas taper dans le tas.
 
Stefano Sollima s'en explique dans le dossier de presse, il n'a pas cherché à faire un film de dénonciation sociale. Ce qui l'intéresse c'est de montrer la haine. Dès lors on peut considérer que c'est un peu facile justement de cristalliser la haine autour de la question des CRS, dernier rempart de l'état pour le cinéaste mais aussi premier bastion de la haine de la société civile qui voit en eux les suppôts manipulables de l'état. Jamais la question de la fonction n'est posée, elle est justifiée parce qu'il y a des camps de roms, des supporters de foot skin, des immigrés qui squattent des appartements destinés aux italiens. Seules les conséquences sont pointées du doigt, les CRS sont des hommes qui souffrent, ils réagissent par la violence aux attaques qu'ils subissent à l'intérieur et en dehors de leurs fonctions.
 
Le fils de l'un d'entre eux est un skin, la femme d'un autre est une cubaine immigrée, la jeune recrue n'est là que parce qu'elle a besoin de trouver rapidement de l'argent. C'est ce qui manque à ACAB pour être percutant, l'origine de la fonction. Comment un jour désire-t-on devenir CRS et devenir la cible facile de toute l'aigreur et la colère sociale. PourSollima comme pour Bigelow dans Démineurs, la réponse est un peu facile, parce qu'ils aiment ça. Mazinga le dit à Adriano, il y a du plaisir à imposer l'ordre par la violence.
 
Les CRS de ACAB sont un peu les justiciers bransonniens du 21e Siècle, ils se font justice, martyrisent, broient, humilient aussi. Sollima devrait filmer cela avec du recul, relater des faits puisqu'il lie son histoire à différents faits divers qui se sont passés en 2007. Pourtant au moment de conclure son histoire, il prend parti... non pas pour celui qui a eu le courage de dénoncer les passages à tabac, qui est finalement isolé et qui disparaît entre deux camions de CRS, mais bien pour ces salauds casqués prêts à subir la colère des supporters après qu'un des leurs ait été abattu par un policier. La caméra se range de leur côté, les cadrant serrés, solidaires, prêts à en découdre, libérant leur haine de l'autre. On savait l'Italie fasciste, on en a un peu plus la preuve avec la démonstration de Sollima mais on parvient à se demander s'il n'a pas fini par épouser les thèses nationalistes et protectionnistes de ces flics casqués. 
 
 
On peut louer la mise en scène du réalisateur qui fait des merveilles pour un premier film. C'est fluide, construit à partir de quatre points de vue, assez similaires certes mais multiples tout de même. La bande son rock est très efficace, on adhère assez rapidement à la photographie et à son enveloppe sonore. Le traitement réaliste de l'image et de la mise en scène n'est pas du tout agressif comme il peut l'être parfois dans le dogme ou le cinéma social européen, ici l'image reste superbe, les cadres toujours recherchés, le jeu d'ombres magnifique. Les scènes de rue sont parfaites, parfois presque minimalistes mais étonnantes, les acteurs déchirent pour la plupart, surtout Pierfrancesco Favino en CRS esseulé, maladivement agressif. 
 
Un film de plus qui dénonce la maladie qui gangrène l'Europe, la haine raciste... et ce n'est jamais inutile de le souligner, à la matraque s'il le faut.
 
Durée : 01h52

Date de sortie FR : 18-07-2012
Date de sortie BE : 18-07-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 20 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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