Critique de film
Alaska

Tiens, une histoire d’amour passionnelle qui claque, frappe et pétarade ! A croire que ça amuse l’industrie du cinéma de nous rappeler qu’on a été un jour aussi cons que les personnages de ces vaudevilles tragi-comiques qui rivalisent de sadisme et de masochisme ? Le réalisateur d’Une Vie Tranquille et Gomorra La Série, Claudio Cupellini n’échappe pas aux poncifs du genre vu qu’il est aussi aux commandes du scénario. Comment les éviter d’ailleurs, rencontre, séparation et réconciliation, trident magique du drame passionnel. Certes il filme son histoire avec une frénésie un brin violente mais il rabâche aussi le cahier des charges de tout bon couple au bord de la crise de nerfs avec une certaine indolence. Ils s’évitent, s’aiment, se déchirent, se retrouvent, se trompent, se détestent, s’évitent, se retrouvent… Entre la magnifique scène de la rencontre sur un toit parisien et celle de fin qui boucle la spirale infernale, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Les scènes « chocs » se succèdent à une allure soutenue pour égayer un scénario cousu de fil blanc. Fausto rêve d’une vie meilleure et pour cela il doit briser celle de Nadine, c’est le couple passionnel type, il faut faire souffrir et souffrir en retour, sans doute par culpabilité.

Alaska a du style mais sa volonté affichée de le cabosser dans un scénario démonstratif et rocambolesque le rend aussi attendu qu’une dispute de couple après une sortie en boîte de nuit, l’aube est belle mais on en profite guère avec la gueule de bois et le paysage qui chavire. Cupellini multiplie les cadres, déterre des trésors visuels, jette des aplats de couleurs vives sur la banalité du fond, il fait de la mise en scène pour donner de la vie à son histoire, ça fonctionnerait presque. Car il sait que la passion amoureuse est un piège pour le cinéma, un sujet qui s’épanche et se noie bien souvent dans l’hystérie visuelle. On le remercie de nous avoir épargnés les images sautillantes des disputes de cuisine et de nous avoir offerts quelques images éternelles comme ce couple pas encore né qui regarde déjà l’avenir sur les toits parisiens, une des plus belles scènes du film, lui engoncé dans son costume de serveur, elle en sous-vêtements sous sa doudoune.

Reste les deux acteurs, magnifiques. Elio Germano qui pourrait être crédité au scénario tant sa composition est aussi importante que les lignes de dialogues qu’on lui a offertes, son français délicieux pour séduire la franco-espagnole Astrid Bergès-Frisbey nous bascule directement dans la romance, le passage à l’italien est moins savoureux du coup mais il répond aux exigences du scénario encore une fois qui s’appuie sur un triste constat. En amour, quand la passion s’installe le bourreau n’est pas toujours celui qu’on croit… Elio Germano a le génie de situer son personnage à la frontière des clichés, sans jamais la franchir. On finit par l'aimer lui le cogneur, l'arriviste, le voleur, le manipulateur, le narcisse... Elio Germano c'est l'iceberg du film, derrière le bruissement de son petit sourire ravageur, c'est un monstre qui gronde.

Durée : 2h05

Date de sortie FR : 10-02-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 09 Février 2016

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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