Critique de film
Albert à l'Ouest

Beaucoup sont honteux d'avouer avoir ri devant une comédie unanimement jugée mauvaise ou trop vulgaire. Comme si leur qualité d'être humain allait être revue à la baisse sitôt que l'on ose laisser échapper, fébrile: "la scène du pet? Oui je…enfin, disons que je n'y ai pas été insensible…". Allons, allons, pas besoin de jouer aux dandys, une burne qui dépasse ou un slip tâché ça fonctionnera toujours, rien de plus normal et c'est très bien comme ça. En ce sens, les fans de Seth MacFarlane ou de vannes qui suintent seront aux anges, pas besoin de continuer à lire, foncez voir "Albert…", il y au moins cinq grosses occasions de relâcher des endorphines, le billet est amorti.

Quid derrière le rire ?

Et cinq rires gras, spontanés et explosifs est un ratio correct: ça fait mal de dire cela mais c'est un an de comédie populaire française. Bref, on y rit bêtement et même si rien n'est génial, original ou surprenant, transporté par l'énergie insouciante du "style" MacFarlane (sorte de pompage éhonté de South Park et Les Simpsons, le tout sans véritable narration vertébrée), le choix de cette comédie pourra vous apparaître comme une vague bonne idée. Quelqu'un fait caca dans un chapeau vers la moitié du film: ce genre de bonne idée-là. Pour ne pas gâcher les possibilités d'un rire, je n'irai pas plus loin de ce côté, si ce n'est vous dire que la meilleure scène de film est une délicieuse chanson, so typiquement Broadway (jaloux de "Book of Mormon", Seth?) mais so delicious.

Penchons-nous donc maintenant un peu plus en détail sur le "film" derrière tout ça. Deuxième réalisation "live" du désormais petit prince de la comédie américaine (que dis-je mondiale!) à tendance méga-crado, Albert à l'ouest est surtout "remarquable" par les choix de son réalisateur/auteur d'en tenir le rôle principal et d'en faire un western. Difficile d'ailleurs de saisir la pertinence d'un tel parti pris de genre, si ce n'est le vague fil conducteur des "millions de façons de mourir dans l'ouest" du titre original (et oui le farwest c'était rude, surprenant, hein?) dont on se fout, et c'est bien dommage, éperdument. Car le point de départ est le suivant: Al n'est absolument pas taillé pour la vie dans ces plaines arides où la mort du titre peut se cacher derrière n'importe quel événement anodin du quotidien. Mais Albert va finalement tomber amoureux de la femme du bandit le plus craint de l'ouest. Et elle de lui, du coup. Vous ne voyez pas le rapport? A priori il n'y en a pas sauf l'immonde et sempiternelle: "le type le plus minable du village (mais en fait super génial) va finalement sauver le monde et sortir avec le canon" (quelqu'un utilise encore ces ressorts là à part dans les DTV Disney?).

Tête à claques MacFarlane

Quand on passe sa vie, comme MacFarlane, à railler sans compter tout ce qui bouge, chaque personne se prenant au sérieux est surprenante mais c'est très américain: on se vomit dans les cheveux mais on finit toujours par avoir beaucoup d'enfants. A défaut d'avoir un script en béton ou un principe séduisant (Ted étant surtout attrayant par son concept fort d'où le carton, là le film risque de passer plutôt inaperçu) MacFarlane essore jusqu'à l'os les références au western avec un certain panache (mais n'était-ce pas la moindre des choses?) et accumule les vannes comme dans un épisode des Griffin: en mode foutraque, ne comptant que sur son humour habile mais un peu éculé et sur l'euphorie, parfois fatigante, de l'ensemble.

Seulement l'animation permet d'avaler des couleuvres, tant dans les ressorts scénaristiques que dans les personnages eux-mêmes et MacFarlane, ici en chair et en os, ne convainc pas, n'imprime pas vraiment la pellicule (enfin le capteur numérique) et même si le reste du casting est bon, sa présence plombe le film. Il n'est qu'un auteur talentueux, un petit malin qui a l'air sympa, un peu tête à claques, sauvé par une bonne présence vocale. Visuellement par contre, c'est Ryan Reynolds version poupon angoissé: c'est dire le charisme. Alors pour le bilan: à retrancher la folie visuelle, l'effet de surprise, le timing des vannes (régulièrement un chouia à côté) et la maîtrise narrative qui n'a jamais été sa spécialité, l'on obtient un gros tas de gags plus ou moins réussis à et l'agencement aléatoire.

A voir éventuellement donc pour les seconds rôles en forme (Neil Patrick Harris fait du "barney" mais le fait bien et personne ne s'en plaint) et les quelques bonnes idées mais à éviter pour le reste. Souvent d'ailleurs les génériques de début en disent long sur ce que le réalisateur veut nous exposer, ici l'inconsistence est criante face à l'enchaînement de plans magnifiques mais stériles de l'Ouest, dénués de points de vue, à des années lumières du titre, aussi inoffensifs qu'un poster "Yellow Corner". La scène finale, également pièce maitresse d'une oeuvre, nous crache toute l'impuissance de Seth et de son Albert, je vous laisse la déguster à l'occasion.

Durée : 1h57

Date de sortie FR : 02-07-2014
Date de sortie BE : 09-07-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 02 Juillet 2014

AUTEUR
Jérôme Sivien
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