Critique de film
Amer

Célébré de Gérardmer à Stiges, Amer a connu une carrière en salle inversement proportionnelle à son succès en festival.
Véritable ovni cinématographique, le premier long métrage d’Héléne Cattet et Bruno Forzani aura divisé la communauté des fans de cinéma de genre par son approche radicale et une narration éthérée bien éloignée des canons classique du cinéma d’exploitation.
Déclaration d’amour au giallo et au cinéma transalpin de la fin des années 70, Amer s’amuse de l’iconographie du genre mais s’affranchit de ses racines populaires pour braconner sur les rives du cinéma expérimental et de l’art et essai.

Décomposé en trois parties distinctes, à l’instar d’un film à sketches, Amer  dévoile la vie de son héroïne principale, Ana, à trois moments clés de sa sexualité.
La première partie suit la petite Ana, âgée de 10 ans, errant dans la vielle demeure familiale. Le fantôme de Suspiria  de Dario Argento et du dernier segment des Trois visages de la Peur de Mario Bava plane sur cette première partie entre éclairage baroque et son ambiance mortifère autour de la dépouille du grand père d’Ana.
La seconde partie lorgne du côté du cinéma de Massimo Dallamano, et de son univers peuplé d'adolescentes sur le point de perdre leur virginité. En sosie mutin de Beatrice Dalle, la débutante Charlotte Eugène Guibbaud, déchaîne les passions d’une escouade de motards pour le plus grand plaisir des spectateurs. Le petit maître italien est également mis à l'honneur avec la reprise du thème musical composé par le grand  Stelvio Cipriani pour La lame infernale.
Après l'épouvante gothique de la première partie et l'érotisme fiévreux de la seconde, la troisième partie s'inscrit directement dans l'imagerie du giallo, avec son tueur ganté et masqué, adepte de l'arme blanche et dont l'identité ne sera révélée qu'à la fin. L’aspect fétichiste est poussé à son paroxysme, avec un sens du détail et un travail sur le gros plan sidérant.

Trip post mortem, sensitif et contemplatif, Amer aborde le cinéma comme un langage visuel autonome débarrassé des oripeaux de la littérature. Avec un budget très limité, Héléne Cattet et Bruno Forzani font preuve d'une maîtrise formelle peu commune dans le cinéma contemporain. L'audace et l'ambition des deux cinéastes est malheureusement contrebalancée par le symbolisme évident et grossier de leur mise en scène. Le récit d'enquête propre au giallo est abandonné sur l’autel d’une peinture du sentiment amoureux et de l’éveil de la sensualité. En travestissant le genre et en le détachant de ses racines populaires, Cattet et Forzani oublient la dimension ludique de ce cinéma et accouchent d'une succession de séquences artificielles reliées par une vague thématique freudienne. L’ennui le dispute à l’émerveillement dans un ballet des sens qui tient plus de l’exercice de style et du commentaire du genre.

Pour paraphraser David Hemmings dans Profondo Rosso (les Frissons de l'Angoisse) :
« C'est très bien. Peut-être même trop bien. C'est trop soigné, trop précis, trop formel. Ça doit être plus enlevé. N'oubliez pas que ce genre... est né dans les bordels »

Notre dossier Giallo, c'est ici

Durée : 01h30

Date de sortie FR : 03-03-2010
Date de sortie BE : 28-04-2010
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Novembre 2013

AUTEUR
Manuel Haas
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