Critique de film
Amore

Amore ou le destin d’Emma (Tilda Swinton), immigrée russe ayant épousé une riche industriel italien, docilement rompue aux diktats de la fonction, à la tyrannie du jeu de l’apparence. Emma, elle-même rouage d’une élite en voie de disparition, conserve toutefois une indépendance d’esprit qui lui permet de maintenir la tête hors de l’ennui et d’accueillir avec ouverture l’homosexualité de sa fille et le nouveau destin de son fils à qui le patriarche vient de confier la succession de l’affaire familiale, le tout enrubanné d’un bon tempérament slave bien entendu.

Par l’intermédiaire de son fils, elle fait la connaissance d’Antonio, un chef au savoir-faire culinaire étonnant et pour le mois aphrodisiaque. Le palet conquis, Emma aura vite fait de faire tomber les quelques défenses morales qu’il lui restait et de s’abandonner corps et âme à cette passion revigorante, véritable déclencheur d’une prise de conscience en forme d’éveil à la vie.

Amore, du réalisateur Luca Guadagnino, est construit à la manière d’un opéra, en trois actes. Il s’attache tout d’abord a dépeindre les personnages lies à leurs rôles au coeur d’une réalité qui a pris le dessus sur eux, presqu’immobiles pour reprendre les termes de Guadagnino, ou seuls les regards trahissent parfois les intentions mais ou prédomine une rigidité étouffante. Dans le deuxième volet, un corps étranger traverse le décors et provoque la rupture, à savoir la naissance de la passion amoureuse qui bouleverse tout les acquis et rappelle également à elle les ambitions d’une vie endormie. Enfin dans le troisième acte surligné par un crescendo musical tonitruant, les masques tombent, le drame se noue, les destinées explosent et la trame accouche de sa résolution.

L’intérêt du film repose entierement sur Tilda Swinton, l’une des plus merveilleuses actrices contemporaines, qui signe ici sa troisième collaboration avec le réalisateur italien. Pour l’occasion et afin de rentrer entièrement dans son personnage elle s’est même fendue d’apprendre l’italien et le russe. Ce tour de force n’enlèvera pas au film son manque d’aplomb, sa superficielle combinaison de décors fastueux et de peintures approximatives de profils. On se sent comme frustré qu'à peine ouverts, les volets de cette histoire soient aussitot refermés. Pour saisir l’importance et la nécessité du choix d’Emma, pourtant coupable tout autant que victime, il aurait été nécessaire de s’attacher un tant soit peu à son passé. Son mari est doux et gentil, il est venu la cueillir dans sa Russie natale, oui et ? Un peu court pour comprendre la motivation de son choix. Dommage, les intentions étaient louables, la photographie réussie, le parti-pris narratif courageux quoique relativement moderne mais le tout manquait cruellement de consistance pour émouvoir autant que l’omniprésente musique ne l’aurait suggéré.

Durée : 1h58

Date de sortie FR : 22-09-2010
Date de sortie BE : 29-09-2010
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 14 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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