Critique de film
As I lay Dying

Il y a quelques années, James Franco s'était mis en tête d'adapter Méridien de sang de Cormac McCarthy, chef-d'oeuvre de violence et de noirceur humaine, parfaitement inadaptable sur grand écran. Bien lui en avait pris de renoncer à cette adaptation. Mais le génial comédien de Spring Breakers ne s'est pas pour autant démonté, et s'est attaqué à un autre grand nom de la littérature américaine, sinon LE nom grand nom de la première moitié du vingtième siècle : William Faulkner, et son As I Lay Dying (Tandis que j'agonise en français). Bien en a pris à James Franco d'avoir osé relever ce défi !

Car de défi il s'agit bien quand il faut adapter cet écrivain dont l'oeuvre est basée sur la multiplication des points de vue, une narration chaotique, l'appel aux éléments et à la nature. Rien de bien cinégénique en somme, si ce n'est ce récit passionnant d'une fratrie et du Père qui partent enterrer la Mère selon les volontés de celle-ci, contre vents et marées, au prix d'un voyage déroutant et riche en rebondissements et questionnements pour les personnages. Dès les premières images pourtant, James Franco trouve la parade, formidable. Pour mieux porter à l'écran les points de vue multiples et le marasme qui fait office de récit, l'acteur-cinéaste décide de raconter son histoire en un split-screen quasiment perpétuel. Une idée presque simple mais qui se suffit à elle-même. Sans être vulgarisée, l'histoire de Faulkner est non pas simplifiée, mais rendue plus accessible sans que sa compléxité ne soit édulcorée.

James Franco a donc trouvé la distance idéale pour adapter l'inadaptable, aidé en cela par une bande de comédiens assez remarquables, en premier lieu desquels le génial Tim Blake Nelson (vu notamment dans O' Brother). La direction artistique dans son ensemble (décors, costumes, musique, comédiens donc) nous permet de ressentir cette plongée dans l'Amérique profonde, et parfois même dans les tréfonds de l'humanité (quand vient la dernière demi-heure, où la cohésion familiale se délite, et où la noirceur de l'homme refait surface). Et Franco profite de tous les éléments qui l'entourent pour ne pas oublier de souligner l'exploit qu'il est en train de réaliser.

Et c'est d'ailleurs là que le film perd quelques plumes. Dans ces scènes un peu roublardes où le cinéaste se laisse aller, rallonge plus que de raison quelques ralentis, et notamment la scène finalement interminable du franchissement de la rivière. James Franco semble parfois nous dire : « regardez, j'adapte Faulkner ! ». Ces quelques errements sont malgré tout à mettre du côté d'une trop grande maîtrise qui dit aussi ce qu'elle veut dire : Franco a devant lui un belle carrière de cinéaste qu'on lui souhaite aussi réussie que celle de comédien. Car la maîtrise affichée dans cette adaptation assumée et assurée a de quoi en rendre jaloux plus d'un. 

Durée : 1h50

Date de sortie FR : 09-10-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 21 Mai 2013

AUTEUR
Jérémy Martin
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