Critique de film
At Berkeley

Frederik Wiseman a consacré sa vie à dresser, dans des documentaires, un portrait des grandes institutions américaines. Aujourd’hui âgé de 84 ans et après avoir exploré les couloirs des hôpitaux, les cellules des commissariats, les salles de répétition des ballets ou encore les rings d’un club de boxe, le réalisateur diplômé en droit de Yale et ancien chargé de cours se penche sur l’Université et pose ses deux caméras à Berkeley en Californie.

Dans ce nouveau documentaire, Wiseman choisit un angle qui coule de source. Comment l’université publique peut-elle encore maintenir son niveau d’excellence alors que les coupes budgétaires sont légions ? Berkeley est classée troisième des universités mondiales tout juste derrière Harvard et Stanford, toutes deux privées. Les financements se raréfient, Berkeley est à un tournant. Avec son sens de l’observation non participatif, Wiseman va être témoin de ce changement de cap.

Sa technique est connue. Il plante sa caméra, n’intervient pas en posant des questions ou en orientant la démonstration… il monte des centaines d’heures de rush en choisissant les séquences grâce à un système d’étoiles (façon Guide Michelin) avant de proposer plusieurs pistes de réflexion à partir de là. Mais au-delà de cette analyse de cas c’est un travail empirique qui s’amorce et avec lui celui de savoir quel est l’avenir de l’enseignement supérieur aux Etats-Unis.

Les documentaires de Wiseman sont toujours passionnants parce qu’ils s’adressent à notre intelligence. Wiseman ne nous prend pas par la main, ne nous mâche pas le travail et surtout n’essaie pas d’affirmer un point de vue qu’il viendrait confirmer (Wiseman c’est l’anti cauchemar de Darwin). Le doc démarre par une réunion entre la direction, recteur en tête, chef de départements. Au programme, réduire les coûts. On apprend de manière assez anecdotique, mais parlante, qu’il n’y a qu’un seul jardinier pour toute l’Université. Le recteur stupéfait répond alors que ce type est un génie. Hilarité générale mais réalité de fait, la réduction des coûts est déjà amorcée et continuer à creuser le budget empiétera forcément sur la qualité de l’enseignement. Autre nœud de la guerre, comment continuer de séduire les profs les plus brillants du pays ?

Dans une salle de classe, les étudiants s’angoissent de voir les prix de leur scolarité exploser et de devoir rembourser une partie de leur vie cet endettement. Leur prof répond que leurs salaires une fois sortis de Berkeley les aideront en ce sens, qu’ils seront adaptés à ce que l’école leur a coûté. Mais tout dépend toujours du milieu social d'où l'on vient.

Pendant 4h la visite, dont la durée peut avoir de quoi rebuter ceux qui ne sont pas fascinés par le système éducatif américain, nous entraîne des salles de classe aux ateliers pratiques où des gens de vingt ans créent des outils inouïs d’ingéniosité, des espaces verts aux concerts. Wiseman ménage des moments de respiration entre deux séances de dialogues. Les autres, ceux que l’Université ne passionne pas pourront trouver le temps long mais passer 4h en compagnie de gens brillants ce n’est jamais vraiment une perte de temps.

Un prof le dit à ses étudiants, prenez les chemins de traverse et affirmez vos idées, la science progresse quand des dingues la remettent en question. At Berkeley donnerait presque envie de retourner à l’Université…

Réalisateur : Frederick Wiseman

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 4h04

Date de sortie FR : 26-02-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Février 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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