Critique de film
Aux yeux des vivants

Troisième réalisation d'Alexandre Bustillo et Julien Maury, Aux Yeux des vivants s'ouvre sur une séquence qui semble tout droit empruntée à leur film précédent A l'intérieur. Dans une étrange relecture de son rôle de tueuse sanguinaire, Beatrice Dalle y déambule, couteau à la main, face à un Francis Renaud, animal et charismatique, veillant sur une dangereuse progéniture. Nulle trace d'une Alyson Paradis couverte de sang à l'horizon mais une atmosphère lourde et macabre à l'image que l'on peut se faire de la filmographie des deux réalisateurs. Passées ces premières minutes anxiogènes, le film s'aventure sur les rives du conte cruel pour enfant saupoudré de « slasher » avec son croquemitaine encapuchonné à tête de clown.

Maury et Bustillo prennent le temps d'installer le décor et de présenter leur trio d'adolescents avec un vrai soin apporté aux dialogues, au détour de quelques « punchlines » savoureuses et référentielles.  Nouveau venu, le chef opérateur Antoine Sanier compose une image de toute beauté qui fait oublier la pauvreté de l'économie du cinéma de genre à la française et magnifie les paysages de la campagne bulgare qui font office de terrain de jeu aux exploits de nos trois adolescents boutonneux.

Ultra référentiel,  Aux Yeux des vivants ressemble cependant à une succession de passages obligés du genre habilement détournés par deux esthètes accomplis. Si l'exercice pourra séduire une certaine partie du public, le film peine pourtant à trouver une véritable cohérence et finit par s’effondrer sous le poids de ses modèles. Tournant le dos à l’esthétique fantastique de ses débuts le dernier tiers du film sombre dans un gore démonstratif et outrancier qui dénote avec l'ambiance mélancolique et poétique que le duo avait réussit à instaurer.

Vendu comme un mariage entre le Stand By Me de Rob Reiner et La colline à des yeux de Wes Craven, Aux Yeux des vivants souffle le chaud et le froid sans parvenir à totalement convaincre. Après A l'intérieur et Livide, Maury et Bustillo échouent à nouveau à construire un film libéré du poids de leur cinéphilie mais font preuve d'un véritable savoir faire artisanal dans la mise en scène de l'épouvante et de l'horreur. Dommage que l'ensemble ne soit égal à la somme des parties.

Durée : 1h28

Date de sortie FR : 30-04-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Avril 2014

AUTEUR
Manuel Haas
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