Critique de film
Avatar

Les hommes (représentés uniquement par des américains) convoitent un minerai rare sur Pandora, une planète luxuriante située à des années lumières de la terre. Ce minerai permettrait de résoudre la crise énergétique que connait notre planète, vidée qu’elle a été de sa substance par l’échec du sommet de Copenhague et la non-mise en application du protocole de Kyoto. L’atmosphère de Pandora étant toxique, les humains ont créé un programme appelé Avatar. Ce programme permet à des humains de piloter par leur seule force mentale des corps hybrides, mélange d’ADN humain et Na’vi, à l’intérieur de Pandora. La finalité est duale, d’un point de vue scientifique, il s’agit d’opérer une approche sociologique et ethnologique de la culture Na’vi ; d’un point de vue militaire il permet d’identifier les zones géographique stratégiques de la planète pour préparer l’assaut. Jack Sully, un ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant, est recruté pour effectuer cette mission. Sous sa forme avatar, Sully marche à nouveau, court et devient un autre transcendé par une rencontre avec la princesse Neytiri!

Il y aurait un cinéma avant et après Avatar.

La 3D! Il y a bien ce lointain souvenir d’un clip de Michaël Jackson, présenté dans la salle d’ un parc Disney, les spectateurs crient, hooooooo, houuuuu, évitent des objets et rigolent de leur crédulité. Autant dire qu’en 20 ans les progrès ne font pas grimper au plafond. Il y a bien de temps à autre une feuille qui traverse la salle, légère et indépendante mais pour le reste la 2D aurait tout aussi bien fait l’affaire. Ensuite on a comme une impression de déjà vu. Désagréable et tenace. Le scénario sent la conquête de l’Amérique du Nord, Kevin Costner, l’homme qui dansait avec les loups, renégat devenu plus indien que nature, prenant fait et cause pour l’ennemi qu’il a apprit à aimer à travers le prisme de la princesse indienne, le mythe de Pocahontas, l’amour à l’assaut des différences, le retour à la nature, en terres inconnues vers les dernières civilisations nomades. Jack Sully lui doit sans doute beaucoup. Il y a aussi comme une odeur du dernier des samouraïs où le génie Tom Cruise apprenait l’art de la guerre aux autochtones et les soulevait contre l’ennemi dont il était issu. Poussé par une culpabilité coloniale le blanc, l’américain retourne sa veste mais continue d’enseigner, d’évangéliser, de décider de tout avec l’assurance de détenir la vérité au cœur même de sa tentative de rédemption. C’est dommage l’idée était louable.

L’univers ! Construit de toute pièce par James Cameron qui se prend pour Dieu, il déçoit. Il a créé une planète, dessiné des rochers volants, semé une flore phosphorescente, enfanté des extra-terrestres bleus à la morphologie humaine, certes ils font trois mètres, ont l’agilité d’un chat, des canines développées et des oreilles à la Star Trek mais le tout manque cruellement de créativité. La Na’vi subit une nouvelle fois la vision ethnocentrique de Cameron. Pire les espèces animales de Na’vi ressemblent trait pour trait à des espèces préhistoriques qu’a connues la terre. Bon il a tout de même inventé un langage propre, réussissant le même tour de force que Tolkien. Malheureusement les Na’vi éduqués parlent aussi anglais, Jack Sully en est tout remué ‘je savais que tu parlais anglais’ dit-il au seul Na’vi qui met en doute son intégrité. Son discours de guerre il le fera en anglais, demandant à être traduit, quoi de plus naturel pour une intégration réussie. Avatar est une fable écologique profonde. Elle dénonce la position de l’homme qui a vécu à côté de sa planète, de sa nature. Le Na’vi lui vit en adhésion, en conformité, à l’unisson de la terre mère. Rien de neuf à nouveau, Miyazaki dans son fabuleux Princesse Mononoké parlait de la même idée. Moins connu que le Voyage de Chihiro ou que le Château ambulant, Princesse Mononoké décrivait un monde où la nature était déifiée, un arbre dieu protecteur réunissant le karma universel contre l’envahisseur borgne, l’homme, dont la visée à court terme n’avait qu’un nom : la déforestation.

La mise en scène, elle a des allures de jeu vidéo. Dans les bandes annonces qui défilent avant le film, on avale entre deux bouchées de pop-corn la publicité du jeu vidéo Avatar. Tout un programme ! Certes on se laisse avoir, on ne devine pas les écrans verts devant lesquels les acteurs ont évolué, on n’imagine pas forcément que tout a été créé numériquement, du mouvement du vent dans les plantes au sourire de Neytiri qui a le charme fou d’une peinture surréaliste. Finalement on se retrouve face à cet écran comme coincé derrière son ordinateur. On accepte le virtuel comme une seconde nature, une seconde vie dans laquelle même un paralytique peut marcher et un agoraphobe prendre des bains de foule. La leçon de morale verte n’est pas le sujet principal du film de Cameron, son cheval de bataille c’est aussi l’homme virtuel, le profil facebook, le second life, tout ce qui nous permet d’échapper au monde en devenant un autre aux contours modifiés, corrigés, un avatar à qui l’on donne un courage et une force dont on manque dans le réel. Le tout en s’appuyant sur l’idée qu’il y a plus de nous dans ce que l’on crée que dans ce que l’on doit subir comme un état de fait. Le réalisateur réussit alors son pari, nous faire croire que derrière ce que l’on voit il y a une vie invisible, une vérité. L’enfant en nous s’émeut même parfois en dépit de l’horripilante musique tribale qu’il a cru bon de nous asséner par cycles réguliers.

On l’aura compris, le film le plus cher de l’histoire s’est donné les moyens de surprendre, d’une beauté visuelle éblouissante, il échoue cependant là où il aurait dû s'émanciper, en choisissant de ne pas être à l’image de son créateur.

Durée : 2h42

Date de sortie FR : 16-12-2009
Date de sortie BE : 16-12-2009
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 11 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
[982] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES