Critique de film
Avengers : L'ère d'Ultron

Généreux entendait-on dire à propos de la première fadaise Avengers. Mais qu’offrait réellement ce fâcheux ouvrage puisque d’ambition cinématographique il n’y avait point, d’envie que très peu, d’onirisme, de sentiments n’y pensons pas, pas tant de mécanismes (extra homme de fer tout au moins) et aucun enjeu. Comment prendre part à une interminable fumisterie ne cherchant même plus à montrer son savoir-faire, ni à impressionner et préférant se laisser achever par un geste las et fainéant du bras sans âme de la déesse Hollywood. Pas de personnages en qui croire, encore moins à aimer, pas vraiment d’enjeu social/politique non plus. (Si ce n’est un vague discours sur l’importance de la diversité des individus au sein d’un collectif) Bref, un néant filmique et cérébral que l’on avait pu voir gratifié d’innovant mais là… Il faudra nous expliquer. Nous, on y avait pas vu grand chose d’autre que l’avancée d’un texte vers son achèvement : un tas de cendres fumantes couvrant les vi(ll)es invisibles.

Dès lors, le second volet s’annonçait déjà en calamité. A pulvériser de nouveaux records d’entrées et déchirant la critique (jusque là, dithyrambique) il en devenait presqu’effrayant. Mais taisons les aprioris puisqu’à posteriori le film est, sinon plus réussi, moins anesthésiant pour les machines à bouffer de la péloche que nous sommes.

Désormais, le mal a évolué et s’il vient toujours d’un ailleurs un peu indécis, une entité extraterrestre pourrait-on dire, il se meut assez littéralement en programme. Une sorte de matière énergétique capable de fuir la machine qui l’abrite pour se loger dans l’internet, infinie toile sur laquelle - ni aujourd’hui, ni dans l’imaginaire étendu de la bande à Stan - personne ne peut régner. Pas même une horde de héros de fer et demi dieux (complets pour certains), ni même les sombres veuves surentraînées. Lorsque le robot maléfique se met en recherche de tissus transgéniques pour s’offrir un corps,  s’ouvre grand la route qui semble être la voie du questionnement de toute la science-fiction moderne : quid de l’homme et la machine ? A la différence que le premier laissait l’humanité sauvée par des entités héroïques en cours de chargement alors, qu’ici, ce sont bien des êtres de chair et de sang qui accomplissent la même tâche et ce contre un programme informatique mué en milliers d’androïdes particulièrement destructeurs.

Adieu, les conflits entre héros et la force motrice d’écriture prégnante (mais lourdingue)  du premier volet, ce sont ici les sentiments de chacun et la simplicité qu’ils imposent qui vont reprendre la démarche narrative. Certains pourront penser à une facilité dans la sensiblerie pour rattraper le manque de primeur mais on préfèrera y voir une forme d’expiation des ratés du précédent, oubliant totalement la mécanique d’écriture évidente et dévastatrice du collectif de personnages façon bulldozer en surenchère au profit de la force élémentaire des sentiments d’êtres humains (ou non) pris au cas par cas. Cependant, tout ça contraint fatalement à une réduction et à une uniformisation des différentes problématiques tant il est compliqué (mais néanmoins possible) de traiter avec finesse la psychologie de près d’une dizaine de personnages en moins de trois heures. Chacun jouit donc de sa petite peur, de sa douleur ou de son remords que l’on voit d’intérêts très relatifs. On se fout un peu de Black Widow cherchant l’amour auprès de Baner/Hulk ou comment la jeune fille maltraitée poursuit le réconfort chez l’homme difficilement plus viril et blessé (et pire par la suite mais on évitera de spoiler) ou encore Hawkeye et sa vie interdite. On a même droit à une scène (se juchant au milieu d’une plus longue parenthèse comme une respiration amusée et pas inintéressante au niveau rythme) durant laquelle Captain America et Tony Stark, en bons copains, s’en vont fendre quelques tonnes de bois, à la bien, en pleine campagne. Niveau camaraderie, on se pose là.

Mais si ce deuxième opus change légèrement d’approche, il perd en radicalité et risque de décevoir les plus fins amateurs de grand spectacle et autres bourrinades. Le film se prend au sérieux. Il se perd en tout cas entre philosophie humaniste radine (mais présente !) et un fun de circonstance, action dévastatrice et humour ironique et systématique (fan service approved) à l’appui. Mais surtout, le film oublie d’en être un. La mise en scène faite de champs contre champs et d’une bien pauvre esthétique se rapproche dangereusement d’une série anodine perdue entre un scope et deux cents millions de dollars, pas très loin de toute une autre flopée d’exercices du même style. Véritable film généreux, peut être… Mais pas toujours où il le faut.

Durée : 2h15

Date de sortie FR : 22-04-2015
Date de sortie BE : 22-04-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 25 Avril 2015

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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