Critique de film
Avengers

J'imagine qu'il n'est plus nécessaire de présenter l'univers Marvel et ses super-héros habillés comme des sapins, certains sont arrivés dans cet état un peu par hasard, d'autres en raison de mutation génétique, certains parce qu'ils sont des dieux sur une autre planète et enfin quelques-uns qui n'ont aucun pouvoir mais des armes qui leur en confèrent. Tous s'habillent avec des capes hideuses ou des tenues moulantes. Depuis quelques années, on nous présente Les Avengers comme le film ultime de super-héros, ce qui ne veut pas dire qu'on en aura fini avec les suites, les préquels, les sagas à la Dallas en fait. Force est de constater et d'avouer qu'il ne s'agit nullement d'un film ultime qui condenserait à lui seul toute la magie de cet univers aux scénarios aussi étriqués que les bulles d'une case de bande-dessinée. Les Avengers en deux mots, c'est le film que vous avez déjà vu mille fois au cinéma plus le côté réunion de bande de copains qui avait déjà été exploité par les X-men.

Pour vous en rendre compte, il suffit d'énoncer brièvement la trame du film qui ne déflorera rien tant l'intrigue ne souffre d'aucun suspense et d'aucune surprise de taille. Le méchant Loki, frère de Thor et banni d'Asgard s'associe avec un alien hideux et machiavélique quelque part sur une étoile lointaine et sombre afin de voler une énergie que détiennent les humains. Cette énergie bleue qui permettrait à celui qui la possède de régner sur l'Univers est protégée par le S.H.I.E.L.D. Loki s'en va donc en éclaireur sur terre et se fait faire prisonnier. Les super-héros sentent poindre le piège. On passe la première heure à aller les rechercher aux quatre coins de la planète et la seconde à les convaincre de s'associer parce que l'union fait la force. Oui mais comme dans une équipe de foot talentueuse, il y a des individualités. C'est tout le propos du film. Les séquences de présentation des personnages sont sans doute les plus intéressantes, on voit qu'il y a là quelque part un parti-pris artistique qui propose de varier les filtres et les atmosphères en fonction des personnages. Bon mais ça reste très bateau. La veuve noire (Scarlett Johanssen) est russe donc on la rencontre en pleine séance de torture dans un hangar désaffecté. Hulk (Mark Ruffalo) est en proie à une agressivité non contrôlée donc il est parti se planquer dans les bidonvilles indiens. Iron Man, lui, vit toujours dans sa tour d'argent en bon milliardaire qu'il est. Captain America a été congelé pendant une cinquantaine d'années pour faire partie de la fête.

Tous vont évidemment finir par s'entendre. Les aliens vont débarquer sur terre. Ce qui est, on ne peut plus classique dans la cinématographie américaine du genre. Ils passent même par une sorte de gate qui s'ouvre dans l'espace et qu'il conviendra de boucher au plus vite. N'y voyez là aucune métaphore génésique. Le trou noir sera évidemment comblé mais d'abord il y aura quelques scènes de guerre urbaine dans les rues de New York et une partie des gratte-ciels partira en fumée. Classique.

Ces scènes de destruction, complètement numérisées, ont les a déjà vues mille fois. Les buildings éventrés, les milliers de vitres qui partent en fumée au passage d'un monstre, gorille, godzilla ou poisson reptilien volant. Mille fois on a vu des aliens qui ressemblent à des reptiles. Ici, ils sont même très peu définis, presque absents, invisibles, les contours de leurs visages noyés dans l'indifférence. Le scénario est sans surprise, la mise en scène agitée pour nous faire oublier les écrans verts, les scènes de combat ampoulées et les effets spéciaux qui ont déjà vendu leur âme au numérique assez grossiers quand ils impliquent des acteurs. Ne nions pas l'évidence, il y a une expertise contemporaine qui permet de faire croire aux spectateurs que les acteurs volent mais ça n'aura jamais la saveur d'un obus planté dans l'oeil de la lune. Parce que cette maîtrise des effets spéciaux tire aussi sa force et son avantage de la vitesse d'action du montage. Parce qu'il n'y a d'alternative à sa surexposition qu'en floutant par la vitesse son manque de crédibilité.

J'ai entendu dire que la force des Avengers, c'était l'humour qui y était savamment distillé. C'est vrai, je reconnais qu'on sourit quelques fois emporté par l'élan de la salle, composée en grande partie de fans qui ont naguère collectionné les cartes et autocollants Marvel, et peut-être même, mais c'est sans doute plus vrai aux Etats-Unis, lu les comics. La production joue avec cette transposition du réel dans le film. L'agent Coulson (Clark Gregg) collectionne d'ailleurs les vignettes des personnages. Les films Marvel ont besoin de s'appuyer sur cette base de fans, comme pour les en remercier, ils leur offrent toujours quelques références qu'ils sont les seuls à pouvoir comprendre, ils jonglent avec les différents épisodes de la franchise, avec les caractères et avec un ton qui contraste furieusement avec le sérieux des blockbusters américains qui travaillent en sourdine pour l'armée américaine. Ici, on ne se prend pas la tête, on ne fronce pas les sourcils, on plaisante, on chicane, on ne doute pas de sa force, ni de la finalité de cette chamaillerie. Quelques séquences sont donc savoureuses, avec une préférence pour celle où Hulk envoie valdinguer Thor dans un face caméra burlesque.

De cette armée d'héros justement, difficile de dire qui tire son épingle du jeu, Scarlett a l'air d'être facile, presque en roue libre, Chris Hemsworth moins à l'aise dans les scènes de dialogue, Mark Ruffalo à la voix presque ténue aborde le rôle avec un sérieux dont se joue Robert Downey Jr., sa prestation est la plus jouissive. Les autres, Chris EvansJeremy Renner et Tom Hiddelston sont plus effacés. Difficile évidemment de briller dans un tel casting.

Les Avengers ne ferment donc pas le chapitre Marvel, vous l'aurez compris. Il s'agit là d'une entreprise rentable. Pour l'année 2012 sont encore prévus The Wolverine et The Amazing Spider-Man. Le pari est fou, transposer tout un univers de bande-dessinée destiné à des geeks, qui sont en fait des fétichistes de l'iconographie, au cinéma. Pour y être parvenu, il aura fallu de la folie et un brin de génie. Dommage qu'ils ne soient pas au service de la nouveauté et de la créativité. Marvel continuera à faire des bénéfices en recyclant un scénario creux qu'il masquera derrière un humour anecdotique.


 

 

Durée : 2H22

Date de sortie FR : 25-04-2012
Date de sortie BE : 25-04-2012
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Critique mise en ligne le 23 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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