Critique de film
Baby Driver

Après sa trilogie Cornetto composée de Shaun of the Dead (2004), Hot Fuzz (2007) et Le Dernier pub avant la fin du monde (2013), ou encore son grisant Scott Pilgrim (2010), Edgar Wright revient avec Baby Driver, un exercice de style pop, coloré et joyeusement bruyant.

Le mutique Baby (Ansel Elgort) conduit les malfrats avec style. Lunettes de soleil, écouteurs aux oreilles et des iPods dans les poches, où se joue constamment une musique pour noyer un acouphène survenu dans un accident de la route quand il était enfant. La voiture, c'est à la fois cette chose presque mythique, monstrueuse et salvatrice. La meilleure arme de Baby, ce n'est pas tant cette carrosserie mais le rythme. La musique est un outil de combat comme elle l'était déjà dans un affrontement incandescent de Scott Pilgrim, entre deux groupes musicaux qui s'envoyaient littéralement des «ondes musicales» pour se faire chanceler. La séquence d'ouverture de Baby Driver est, en ce sens, remarquable. Variation du clip Blue Song de Mint Royale, le casse de banque et la violence ne sont pas ce qui intéresse le cinéaste, ils restent hors-champ. On est au contraire dans la voiture, à l'arrêt, aux côtés de Baby qui chante avec fureur sur Bellbottoms de The Jon Spencer Blue Explosion. Ce sont les variations rythmiques du morceau qui vont agir comme un moteur, encore plus tonitruant qu'un casse de banque.

La construction de Baby driver, à la lisière de la comédie musicale, est plus fine qu'il n'y paraît. Le médium musical a toujours accompagné les images cinématographiques avec une délicieuse évidence. Ici, c'est la musique qui gouverne les actions, l'image et la mise en scène. On retrouve une fusillade en forme de tambour battant de la même manière qu'on rouait de coups un zombie au rythme de Don't stop me now de Queen dans Shaun of the dead. Vacarme, tôle qui se froisse, crissement de pneu, ce n'est pas tant la musique mais les mille et un sons qui explosent dans tous les sens qui composent la véritable bande originale.

Baby enregistre les conversations, comme une trace des sons, pour pouvoir les mixer dans sa chambre et pourquoi pas en faire des tubes expérimentaux. On pourrait retrouver ici l'intention du cinéaste qui capte avec sa caméra des images de genre ressassées (le film de braquage ou de voiture) mais les remonte dans un souci de folie exaltante. Baby Driver est une merveille de montage et de découpage, avec une fluidité entre les inserts et les plans plus larges. C'est très certainement le film de poursuite le plus lisible et excitant depuis Boulevard de la mort de Quentin Tarantino. Visuellement, des motifs se tissent discrètement dans l'image, notamment avec cette fresque qui représente une route dans le diner où travaille Debora (la belle à délivrer), symbole d'une fuite fantasmée ou encore d'un régime de couleurs rouge/bleu, plus évident, dans un acte final psychédélique.

Baby Driver est une boîte rythmique qui ne manque pas de faire tourner une ritournelle au cœur des cinéphiles. Extrêmement référencé, avec comme figure de proue The Driver de Walter Hill, Wright cite notamment Scorsese, Fincher et même Monstres et compagnie au détour d'une discussion tordante avec Doc (Kevin Spacey). Les dialogues sont enlevés, Baby, à savoir «bébé», est continuellement appelé ainsi, leitmotiv puéril et amusant. Les lignes scénaristiques de Wright, qui écrit seul, manquent cependant de finesse. Il est conventionnellement question d'amour contrarié avec Debora (Lily James) et de rédemption pataude.

Après être sorti frustré d'Ant-Man qu'il n'a pas réalisé, Edgar Wright injecte de la jubilation partout. De ce fait, Baby Driver fonce et s'enferme peut-être un peu trop dans le carcan du film «cool» qu'il a lui-même érigé sans jamais arriver à sublimer l’aspect tragique de son intrigue. Mais à l'heure de l’infantilisme éreintant du blockbuster US actuel, il faut admettre qu'être «cool» n'est déjà pas si mal.

Réalisateur : Edgar Wright

Acteurs : Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James

Durée : 1h53

Date de sortie FR : 19-07-2017
Date de sortie BE : 02-08-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 18 Juillet 2017

AUTEUR
William Le Personnic
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Amoureux du cinéma et de l’art pour mieux comprendre le monde, veilleur et archiviste de l’image, c...
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