Critique de film
Balada Triste

Je m’explique difficilement l’engouement de mes camarades critiques pour Balada Triste (Balada Triste de la Trompeta) d’Alex de La Iglesia. Sur fond de métaphore politique et historique, Balada Triste conte une période sombre de l’histoire espagnole, à savoir la fin du régime de Franco (nous nous situons en 1973 quoique la couleur du film nous fasse plutôt penser à un film d’anticipation, style Blade Runner), en suivant la trajectoire de trois personnages, deux clowns Javier (Carlos Areces) et Sergio (Antonio de la Torre) se disputant les faveurs d’une femme masochiste Natalia (la sulfureuseCarolina Bang – sacré nom de scène).

De la Iglesia nous plonge dans une atmosphère de fin du monde dès les premières séquences le clown Auguste (père de Javier) est enrôlé de force par l’armée républicaine en pleine guerre civile espagnole. On se croirait alors plongé dans 300 ou Sucker Punch (vu qu’Auguste est déguisé en femme), le clown armé d’une machette se met à trancher l’ennemi, gerbes de sang et musique tonitruante. Le clown est arrêté. Son fils en quelque sorte livré à lui-même jure à son père de le venger… Et après avoir fait sauter de la dynamite dans une vieille caverne, on le retrouve quelques années plus tard longeant un terrain vague habillé en clown triste, avec un peu d’embonpoint certes mais avec cette bonne tête de vainqueur qui le caractérise. Il vient passer un entretien pour rentrer dans un cirque.

Après pas besoin de vous raconter l’histoire, il s’agit du remake gore et décalé du film hollywoodien De l’eau pour les éléphants. Dans le rôle de Robert Pattinson, le gars qui débarque dans le cirque, nous avons donc Javier. Dans le rôle de Christoph Waltz, le patron borderline et alcoolique du cirque, nous avons Sergio. Il cogne aussi dur que Waltz. Et enfin dans le rôle de Reese Whiterspoon, l’acrobate qui déchaîne les passions et la violence des mâles, nous avons celle qui tire la langue plus vite que son ombre, Natalia. Pour ceux qui ont vu le film de Francis Lawrence, la trame de Balada Tristeest une fidèle copie. Même jeu triangulaire, même disparition du cirque au profit du cabaret, même environnement dur, hostile… seule variante de taille, ici c’est trash et glauque.

On pourrait se réjouir de voir deux clowns débiles se tabasser, se défigurer, exorciser la dictature dans une torture personnelle, en voir un se jeter de l’acide au visage, arracher sa peau avec un fer à repasser, l’autre devenir le sosie du Joker, tout ça pour les beaux yeux d’une taspé dont la parole ne tient qu’à un fil. Parce que le propos sous couvert d’hommage au 7e art avec des scènes références à tous les mètres de pellicule ou de pamphlet contre les totalitarismes n’approfondit finalement qu’une vérité, celle de la connerie masculine. Pendant 1h47 on a l’impression de revivre l’incroyable scène du fast-food dans Logorama (le génial film d’animation mutli-récompensé) où Ronald McDonald (un clown lui aussi) prenait en otage un gamin. Scène reproduite à l’identique dans Balada Triste, même le camion avec lequel Javier s’enfuit ressemble à celui conduit par Ronald dans Logorama.

Enfin en dehors de cette juxtaposition de scènes pompées, le film n’est qu’une succession de scènes violentes annoncées avec une musique assourdissante comme autant de rebondissements pour couvrir la vacuité générale du scénario. Certains de mes camarades critiques se sont sans doute laissé amadouer par cette photographie tape à l’œil et ce déchaînement de violence (qui est indémodable), il m’est pourtant difficile de reconnaître de vraies qualités aux films en dehors de sa mise en scène hystérique. L’histoire est vraiment sans intérêt, les acteurs ressemblent à des guignols, rien n’est crédible dans cette farce de mauvais goût. C’est convaincu de son inutilité phénoménale que je me suis prodigieusement ennuyé devant Balada Triste.

Durée : 1h47

Date de sortie FR : 22-06-2011
Date de sortie BE : 22-06-2011
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Critique mise en ligne le 09 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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