Critique de film
Batman Begins

Huit ans après le dézinguage en règle du mythe Batman par Joel SchumacherChristopher Nolan revient avec un opus très réussi retraçant les origines du sombre héros. Bien loin des baroco-géniales adaptations de Burton et de leurs très contestables prolongements.

Depuis de longues années, Bruce Wayne traine un désir de vengeance. Celui de la mort de ses parents, abattus sous ses yeux d’enfant. Ce désir transmuté en une volonté de rendre le monde meilleur, il se crée un alter ego dont l’œuvre porte le sceau d’une vendetta sublimée en lutte contre l’injustice et la violence qui gangrènent les rues de Gotham City. Ville que son père avait tenté de sauver avant lui. Batman Begins retrace la genèse d’un héros qui marqua nombres de générations.

Nolan profite du parfait échec de Batman et Robin, pour faire table rase sur la part fantastique des précédents films et créer ainsi un nouveau personnage tiré de Frank Miller plutôt que de Bob Kane, plus réaliste et introspectif. Le film s’enfonce donc plus loin dans les méandres de la schizophrénie de BatWayne et dans une ville rongée par la peur et l’insécurité comme une New York post 9’11 cauchemardée.

Visuellement, Nolan et son directeur photo (Wally Pfister) soufflent un vent nouveau sur le kitsch ajusté d’un Burton et sur celui nettement moins contrôlé d’un Schumacher et insufflent de cette manière, une poisseuse splendeur à chaque plan magnifiquement éclairé. Vision crédible de la perdition d’une ville mégalo dont la beauté s’évaporerait de chaque bouche d’égout en une fumée sale et étouffante.
 
C’est donc dans cet univers que sévit le vengeur masqué, il y a vécu et l’a aimé cette ville. Son père y avait un château, et luttait lui aussi - avec moins de véhémence et plus de diplomatie – contre la corruption. Pour ce faire le paternel fit construire un métro ayant pour but de desservir toute une ville éclatée par les différences sociales. C’est son fils qui plus tard fera détruire ce métro et brûlera la bâtisse pour tous deux les reconstruire. Ne peut on y voir la quête de toute une vie, détruire l’œuvre du père pour la refaçonner à son image. Ce Batman est finalement très humain avec ses peurs et ses doutes, c’est en tout cas ce qu’ont voulu nous dire Christopher Nolan et David S. Goyer.
 
 
Objet de qualité irréprochable, aux collaborations toutes aussi nombreuses que prestigieuses (Christopher Nolan, Christian Bale, Michael Caine, Morgan Freeman, Gary Oldman, Rutger Hauer, Cilian Murphy, Liam Neeson, James Newton Howard, Hans Zimmer, rien que ça…), le film souffre tout de même d’un montage parfois mal agencé (quelques longueurs dans les scènes d’actions assez peu trépidantes) ou parfois trop significatif (gros budget oblige), ainsi que de quelques boutades rarement hilarantes (gros budget oblige) et un discours philosophico-testostero-tibétain à trier par le spectateur (tout n’y est pas mauvais, loin de là, mais un peu confus tout de même).
 
Bref, un blockbuster estival fourni d’une vision d’auteur et presque intelligent, c’est assez rare pour être relevé. Espérons donc que Nolan sache renouveler sa franchise avec le temps… La suite au prochain épisode.

Durée : 2H19

Date de sortie FR : 15-06-2005
Date de sortie BE : 15-06-2005
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Juillet 2012

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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