Critique de film
Beaucoup de bruit pour rien

Comment ne pas aimer Joss, certes moins côté que JJ, il est sans doute plus surprenant, se disperse moins et a le mérite de profiter de ses vacances pour adapter Shakespeare dans sa maison, avec ses potes. Tout juste The Avengers bouclé, ce fidèle rouquin (il bosse souvent avec les mêmes acteurs) fait résonner les vers de "Much ado about nothing" dans la bouche d'américains sans changer un mot, sans que le texte ne s'en trouve dénaturé ou affaibli. C'est beau, c'est fluide, le sourire perdure, merci Joss. 

Pour être honnête, d'aucun pourra passer complètement à côté de cette adaptation tant elle est bavarde et fatalement surannée. Que la part belle soit faite aux dialogues, c'est une évidence mais cela vaut la peine de le rappeler: l'assiette est fournie et ce n'est pas le traitement choisi qui fera passer les vers du dramaturge plus facilement. Quoique. Whedon a eu plusieurs idées étranges mais extrêmement payantes: un décor moderne et simple, accueillant et inattendu et une photographie en noir et blanc, qui plus est presque surexposée, quasi sans contraste. Contrairement à Branagh il y a vingt ans (qui a aussi fait le grand écart Shakespeare - Marvel, ô doux hasard), ici, exit le Château du 17e, nous sommes dans une "mansion" de 2012  pour un voyage dans le temps des plus heureux. Seule différence vraiment notable d'avec le contexte original, elle paraîtrait presque anecdotique, l'époque choisie n'interférant pas avec le texte ni l'histoire mais créera un gouffre délicieux avec la langue. Au départ facilité de production (condition sinequanone  sans doute), la transposition rend le film évident et léger, Whedon poussant le vice en retirant les couleurs de son film, non pas pour dater la chose mais pour la rendre impalpable, pas intemporelle mais universelle.

A ce tour de force discret, le champion du box-office 2012, réunit un casting charmant (bien qu'à l'allure de téléfilm pour mémères) emmené par le sympathique Alexis Denisof (Buffy, Angel), la délicieuse Amy Acker (Angel, Dollhouse), Nathan Fillion (Serenity) et l'agent Coulson (Clark Gregg, plus fidèle tu meurs donc). Leur jeu est léger et vraiment solide à l'instar d'Amy Acker qui a su injecter à son rôle de casse-bonbons peine-à-jouir un rayonnement irrésistible. Et nous de tomber amoureux d'elle d'une manière aussi pré-fabriquée que sincère, à la manière de Benedik, à la manière du spectateur devant un film réussi. Rarement grand-écart n'a été aussi évident et si vous recherchez avant tout, comme moi, à vous imprimer la rétine d'images toujours différentes, courez voir Beaucoup de bruit pour rien.

.

Durée : 1h49

Date de sortie FR : 29-01-2014
Date de sortie BE : 29-01-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 28 Novembre 2013

AUTEUR
Jérôme Sivien
[40] articles publiés

Nègre et amant de Pauline Kael de 76 à 84, leur rupture éloigna Sivien du monde de la critique pend...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES