Critique de film
Bienvenue à Suburbicon

Bienvenue à Suburbicon, le titre français du dernier Clooney réalisateur, enjoint son spectateur à rentrer dans une petite ville prospère et tranquille. Ici, comme le prétend une amusante et ironique scène d’introduction, les habitants coulent des jours heureux, les pelouses poussent droites et vertes et les arbres donnent certainement des fruits délicieux. Comme le dirait le personnage de Voltaire, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.
C’est dans ce cadre idyllique que les frères Coen, auteurs du scénario, plantent leur petit théâtre de la cruauté et développent une sordide histoire de meurtres et de primes d’assurance.

Mais n’est pas Coen qui veut, et c’est ici un de leurs plus fidèles représentants qui en fait l’amère expérience. Le film traînera tout du long ce lourd héritage sans jamais réellement parvenir à dévier du scénario pour creuser son propre sillon et donner une version personnelle et singulière de cette histoire sanglante. Des relents de Fargo jalonnent le film, mais la mise en scène banale de Bienvenue à Suburbicon souffre rapidement de la comparaison.
Rendons à César Clooney ce qui appartient à César, il a l’habileté de savoir commencer et le panache de savoir clôturer en beauté. Le premier quart d’heure installe élégamment son décor et vaut par ses personnages colorés, le ton incisif de l’interprétation et la reconstitution ironique d’une ville idéalisée. Le cinéaste s’amuse à restituer de petits détails : un papier peint kitsch, les objets d’un salon de coiffure, un vélo enfantin et rutilant, autant de choses qui peuvent amener de la véracité à son histoire. Suburbicon est l’image parfaite de la ville Playmobil® ; en cela, elle respire l’hypocrisie et le goût écœurant de gâteaux trop sucrés. La musique prend un malin plaisir à ajouter une couche de naïveté sur un gâteau déjà bien chargé, et la satire peut commencer.

Malheureusement, le film fait du surplace. L’envie de fracasser le rêve américain et de faire ressortir toute la méchanceté de la bourgeoisie réactionnaire est perceptible, mais le coup de pied qu’il donne dans la fourmilière est trop faible.
Clooney attaque sa patrie avec trop peu d’entrain et de radicalité et finit par être lui-même ce qu’il tente de démonter : sage et académique.
Il a la bonne idée de greffer, parallèlement à son jeu de meurtres et de trahisons, l’arrivée d’une famille afro-américaine venant troubler, tel le ver dans le délicieux fruit, la tranquillité des résidents. Mais l’idée n’est pas assumée jusqu’au bout et l’opération est un échec. Jamais les deux histoires ne parviennent à s’emboiter, se lier, les récits ne se contaminent jamais et ne racontent pas le même film. L’arrivée de la famille – et les émeutes qui en découlent – est reléguée en arrière-plan sans que jamais le réalisateur y accorde de l’importance. C’est dommage tant il apparaît que la grande histoire aurait pu s’imbriquer dans la fiction et donner une autre dimension, une ampleur épique au film qui préfère finalement regarder son nombril et se refermer sur ses personnages, cette bande de stars-copains que Clooney réunit autour de lui.

Le film manque alors de radicalité et se complaît dans un rythme monotone, bien trop lent pour une comédie. Les acteurs ronronnent et se délectent de quelques petits moments de bravoure, mais le plaisir ne se communique pas, les cabotinages respectifs manquant de pertinence. Seul Oscar Isaac, déjà excellent dans Inside Llewyn Davis des frères Coen (décidément), trouve le ton du film entre comique burlesque et horreur sous-jacente. Son personnage est le déclencheur d’une partie de domino meurtrière où le film, enfin, décolle, bien que parfois au bord de l’hystérie. Dommage qu’il ait fallu attendre les vingt dernières minutes, laissant le film patauger une heure durant dans des dialogues verbeux et manquant de point de vue de mise en scène.

La mécanique tourne à vide et le film, plutôt que de plonger, reste au bord de la piscine. C’est lisse, bien appliqué, charmant par moments, mais ça manque terriblement de point de vue, de cœur, de tripes, de couilles. La recette est trop bien suivie et tourne en exercice de style, en mimétisme convenu et vain. Le film, finalement anecdotique, sera oublié avant Noël. What else ?

Réalisateur : George Clooney

Acteurs : Matt Damon, Julianne Moore

Durée : 01h44

Date de sortie FR : 06-12-2017
Date de sortie BE : 06-12-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 10 Décembre 2017

AUTEUR
Julien Rombaux
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