Critique de film
Blancanieves

Un conte archi éculé, troisième adaptation (Blanche-Neige, Blanche-Neige et le chasseur) en moins d’un an et des choix de transposition scénaristique parfois bancals, pourtant ce Blancanieves a tout de même pas mal d’atouts pour nous séduire, à commencer par sa photo sublime. 

Sans vous faire l’affront de résumer Blanche-Neige, disons qu’ici, le roi est un Matador richissime qui, par un taureau embroché, devient tétraplégique pendant que sa femme meurt en couches (damn!). Alors impuissant et terrassé par la douleur, le torero laissa sa vie entre les mains de son infirmière, l’immonde femme qui pompera sa fortune et l’éloignera de sa fille. La petite Carmen, privée de ses parents, vivra jusqu’à ses dix ans avec sa grand-mère et rejoindra alors sa monstrueuse belle-mère et son pauvre père, légume abandonné de tous.

La suite nous la connaissons, en revanche ce que nous ne pouvions anticiper, c’est la façon dont Pablo Berger allait nous conter la chose. Andalousie, années 20, noir et blanc, muet, format 1.33. Il est évident que la genèse de Blancanieves n’est en rien à imputer à l’existence même du film d’Hazavanicius (The Artist). Son futur succès peut-être un peu et c’est tant mieux. Un fort parti pris donc pour une œuvre qui aurait mérité, pour le coup, que Berger dépoussière un peu plus le conte et non juste une partie. Car, s’il réussit son pari formel, on aurait aimé que son histoire aille un peu plus loin.

Visuellement, c’est un enchantement et le directeur de la photographie, Kiko de la Rica est un Dieu. Le film lui doit énormément, bien sûr, peut être un peu trop. On pourrait dire : « En même temps, c’est Blanche-neige, faut pas s’attendre à… », sauf que pas exactement. Toute histoire est un conte en quelque sorte et tous ont un potentiel symbolique puissant. Berger aurait donc pu choisir d’orchestrer la légende germanique avec plus de culot, il ne l’a pas fait. Il a, cependant, redessiné certains éléments mais ses choix sont trop polis et c’est là que son film stagne. Naïf, balisé, surjoué : pourquoi pas! Mais que l’on fasse jaillir l’émotion de toutes parts (comme dans la seconde partie de Tabou) car devant de telles images, de si beaux visages, je veux m’effondrer de tristesse, me lamenter du sort de ces damnés. J’aurais voulu sortir de la salle tremblant, j’ai juste passé un bon moment.

Cependant, Berger a quand même de jolies idées : la tauromachie, la méchante belle-mère ne consulte plus son miroir mais convoque la presse, les jeux d’un père et sa fille enfin réunis (les plus belles scènes du film). Son casting aussi est parfait (à l’exception du nain « Timide » que l’on peut qualifier de calamité), la petite Sofia Oria (Blanche-neige enfant) irradie la première moitié du film de sa bouille irrésistible, la belle-mère est haïssable au plus au point. En somme, tout est aimable dans Blancanieves, adorable même, le hic n’est pas la direction mais la destination. Lorsque l’on se repenche sur ce qui nous a été conté, beaucoup de choses nous paraissent alors un peu faibles.

En basant l’axe fort de son histoire sur la relation père-fille et non sur l’éventualité d’un prince charmant, Berger, coupe les jambes à une potentielle lecture double. Sans désir que représente la pomme ? Y a-t-il quelque chose à voir dans cet amour filial? En outre, la beauté de Blanche-Neige n’est que tardivement une menace pour sa belle-mère, dont la haine devient un peu bas de gamme. Et puis, qu’est-ce vraiment que ce taureau qui détruit ou qui menace ? La vanité ? Le désir ? On ne sait pas trop et l’émotion ne décolle jamais vraiment.

Le cercle est aussi grandement utilisé (œil du taureau, arène, assiette, médaillon…) pour nous assurer que tout finira par recommencer, le mauvais sort, la souffrance, l’isolement. Carmen tombera dans le coma comme son père deviendra paralysé. On se demande seulement, ce qui la fait chuter.

Reste quand même un authentique plaisir des sens dans cet hommage aux années vingt, grâce, entre autres, aux plus beaux yeux de cette génération, ceux de notre blanche-neige adulte, Macarena Garcia. Etrange mélange d’Emma de Caunes, Alanis Morissette et Jared Leto ( !), cette gamine apparaît sur certains plans d’une beauté saisissante, et possède un charisme supplantant ridiculement Stewart et Collins, nos précédentes croqueuses de pommes. La musique également est magnifique et s’il on peut râler de voir un tel potentiel mal exploité, c’est que beaucoup de promesses sont formidablement tenues, faisant de ce Blancanieves un film hautement recommandable.   

Durée : 01h44

Date de sortie FR : 23-01-2013
Date de sortie BE : 10-04-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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marielle issartel
06 Février 2013 à 17h24

C'et fou la diversité humaine : pour moi, l'émotion était forte, de bout en bout. Tenue, voire haletante, souvent d'une qualité sublime. Très très beau film, à mon humble avis.
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Critique mise en ligne le 27 Janvier 2013

AUTEUR
Jérôme Sivien
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