Critique de film
Bright Star

Sublime ! C'est le premier mot qui m'est venu à l'esprit en contemplant la relation qui unissait, à l'aube du XIXe siècle, la jeune Fanny Brawn (Abbie Cornish) au poète John Keats (Ben Whishaw). Dans Bright StarJane Campion, la réalisatrice qui avait obtenu la Palme d'Or pour La leçon de piano brille à nouveau. D'abord elle parvient à parler de poésie ce qui n'est jamais évident tant la poésie souffre d'être expliquée mais surtout elle intègre parfaitement les vers de Keats au rythme du film. Mieux, ils en sont la trame, récités à la perfection par deux acteurs habités. Ensuite parce qu'elle ose faire un film à contre-courant, une oeuvre romantique et lente où le thème pourtant éculé de la passion amoureuse est ici magnifié par l'unité formelle du verbe et de l'image.

Au cinéma, on pensait le romantisme mort, enterré avec le linceul de Mme de Tourvel dans Les liaisons dangereuses de Stephen Frears. Jane Campion le ressuscite ! Elle le transcende avec cet amour adolescent platonique dont la force n'attend ni le contact charnel, ni le poids de l'âge. On partage avec les personnages le souvenir de ces souffrances inhumaines provoquées par les premiers émois, on s'allonge avec eux aux pieds des arbres pour pencher nos visages vers ses premiers baisers, on pose à l'unisson nos têtes sur le sein ferme de nos passions enfantines et on a le souffle brisé de les voir se mourir alors qu'on les croyait éternelles. Abbie Cornish qui incarne Fanny Brawn est parfaite dans ce rôle de jeune femme élégante et cultivée qui tombe amoureuse d'un poète sans le sou mais dont la fragilité l'émeut. Elle dégage une sensualité à faire pâlir Scarlett Johanssen et une pureté aussi diaphane que celle de Michelle Pfeiffer.
 

On se doit aussi d'évoquer la succession de plans délicats qui jalonnent Bright Star. Jane Campion filme des mains, des pieds, des objets et des tissus avec un pouvoir étonnant de suggestion. Aux séquences humaines, elle ajoute des plans naturels composés comme des peintures impressionnistes. Le film est d'une beauté cristalline, aussi doux que le vent qui s'insinue dans la chambre de Fanny pour soulever ses étoffes brodées. L'image de Keats allongé sur la canopée d'un arbre, porté par un sentiment qui le fait planer, restera gravée. Tout autant que la scène où, dans la chambre de Fanny, des dizaines de papillons bigarrés voltigent pour traduire les bonheurs éphémères de la passion amoureuse. Si la critique se doit d'être à la hauteur de l'oeuvre qu'elle commente, il faut bien avouer que je manque cruellement de mots. L'esthétisme éblouissant de Bright Star ne pourrait souffrir d'aucune surenchère de superlatifs ou de synonymes. Les seuls mots qui pourraient l'illustrer sont finalement ceux de Keats lui-même.


Bright Star (1819), adaptation française du poème de John Keats écrit pour Fanny Brawn.

Etoile éclatante, puis-je être comme toi figée
non pas dans une solitaire splendeur suspendue au-dessus de la nuit,
et guettant, éternellement séparé par des couvercles,
tel un malade de la nature, un ermite sans sommeil,
les eaux mouvantes toutes entières à leur prêche
pour purifier par leur pure ablution les rives humaines tout autour de la terre,
ou fixant le masque nouvellement et doucement tombé dans la neige
sur les montagnes et les landes;
non - pas encore totalement figé, encore immuable,
pelotonné sur la poitrine mûre de mon bel amour,
pour ressentir à jamais son suave parfum et son automne,
à jamais éveillé en une douce agitation,
immobile pour entendre son souffle arraché à la tendresse,
et ainsi vivre pour toujours - ou sinon me pâmer dans la mort.

Durée : 1h59

Date de sortie FR : 06-01-2010
Date de sortie BE : 27-01-2010
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 11 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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