Critique de film
Bullhead (Rundskop)

En cette période de repli sur soi nationaliste, il est temps pour moi de faire, une fois n'est pas coutume, acte d'un chauvinisme exacerbé tant ce film mérite le coup d'oeil. Et le pire, c'est que c'est même en pure objectivité et en amoureux du cinéma que je vais encenser ce film et essayer de motiver mes amis français à lui donner sa chance sur grand écran ou aux belges de courir le louer.

Bullhead (Rundskop littéralement "tête de boeuf") est en effet un film intense, hyper prenant et par plein d'aspects atypique. Tout d'abord par les décors et les paysages. La trame se passe dans la Flandre profonde où comme le chantait Brel le ciel est si bas qu'un canal s'y est pendu. Il y a comme une impression de lourdeur des nuages prêts à s'effondrer en pleurs à chaque instant pour inonder les champs. C'est un milieu rural où on sent le poids du terroir et de la mentalité des petites gens qui triment. C'est sombre, mais c'est lumineux. C'est glauque, mais c'est authentique. Une demi-douzaine de plans quasi fixes d'une tristesse et d'une poésie rares viennent ainsi sporadiquement renforcer ce sentiment de "glauquitude" des débats.
 
 
Car ceux-ci sont peu reluisants. On se trouve en effet au coeur d'un trafic mafieux d'hormones animales, de sang contaminé et de produits pharmaceutiques en tous genres pour doper les productions. Les vétérinaires viennent montrer leurs substances aux fermiers en leur expliquant que "parfois il faut filer un coup de main à la nature" et des grossistes les acheminent discrètement vers les complexes agricoles via des intermédiaires tout aussi peu reluisants. Le réalisateurMichaël R. Roskam nous dresse ainsi un portrait des différentes petites frappes qui participent au business. Et plus spécifiquement celui de 2 personnages. L'un, Jacky Vanmarsenille (Mathias Schoenaerts) est une brute épaisse qui se pique aux hormones, une armoire à glace, une "tête de boeuf", mais avec un bon fond et qui voit d'un très mauvais oeil toutes ces magouilles. L'autre Diederick Maes (Jeroen Perceval) est à la fois hyper impliqué dans le trafic en accomplissant toutes les basses besognes et à la fois indicateur pour les flics qui enquêtent sur cette pègre rurale.

Des flashbacks sur leur amitié depuis l'enfance nous donnent des indices sur leurs tourments actuels. Le premier a en effet été victime d'une bagarre qui a mal tourné, blessé et meurtri à vie au plus profond de sa chair et de sa masculinité. Le second, témoin de la scène, a du garder le silence pour ne pas nuir aux affaires de son père et restera traumatisé et par la culpabilité et par la vision de son ami mollesté. On comprend donc mieux pourquoi Jacky s'injecte autant de testostérone dans les veines et a ce rapport malsain aux femmes empli de frustration. Diederick doit de son côté vivre avec une homosexualité plus que taboue en milieu champêtre et ultra conservateur, microcosme qui préfère mettre des oeillères pour ne pas voir ses brebis sortir du droit chemin.
 
 
Un des flics de l'enquête est retrouvé mort et l'étau se resserre petit à petit autour des différents protagonistes du complot tandis que les lubies de nos 2 héros finissent par les rattraper. La descente aux enfers est donc inéluctable...

Et passionante... Le film, malgré parfois un mini-manque de rythme, est haletant et la tension créée autour du personnage de Jacky est accaparante. C'est en effet lui qui crève l'écran et qui fait en grande partie la force du film. Le jeu d'acteur de Matthias Schoenaerts est tout simplement déroutant. Sa respiration quasi bovine, son charisme bestial, sa fièvre animale lui donnent une consistance énorme. Les plans autour de son personnage y sont pour beaucoup. Il est filmé de très près et ces close-up apportent un parallèle métaphorique troublant avec les bêtes dont il s'occupe. La photographie est par instants vraiment magnifique et on alterne une manière de filmer assez classique avec des mouvements de caméra, des fondus, des flous, des ralentis, des jeux de lumière et des plans fixes.

Bullhead démontre s'il le fallait encore la bonne santé du cinéma belge en général, du cinéma flamand en particulier (cf La Merditude des chosesHet varken van Madonna et bien d'autres) et l'ami Schoenarts qui sera à l'affiche d'Un goût de rouille et d'os est assurément un nom à retenir.

C'est abrupt, c'est un direct aux trippes, c'est dérangeant dans le bon sens du terme. Bref Courez !!!

Durée : 02h00

Date de sortie FR : 22-02-2012
Date de sortie BE : 02-02-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 18 Juillet 2012

AUTEUR
Alexandre Janvier
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Rédacteur en chasse perpétuelle de nouvelles émotions cinématographiques, de grandes p...
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