Critique de film
Capitaine Thomas Sankara

Pour qui ne connaîtrait pas Thomas Sankara, le documentaire de Christophe Cupelin est une source d’informations intéressante surtout pour appréhender l’homme d’un point de vue historique. Au Burkina, le Capitaine Sankara est toujours une légende, un des hommes qui ont fait l'Afrique au même titre que Mandela ou Lumumba, c'est l’homme qui a voulu éduquer le peuple, celui qui a déstabilisé la vision machiste du pays (le marché interdit aux femmes, une perle), celui qui a porté l’écologie au premier plan (un des premiers à parler de responsabilité planétaire) et combattu l’impérialisme colonial jusque sur le sol même de la France-Afrique (les conférences de presse avec Mitterrand sont savoureuses). Un homme politique moderne, un combattant idéaliste qui a renommé la Haute Volta en Burkina Faso, « La terre des hommes intègres ». Comme tous ceux qui mettent le pied dans la fourmilière, l’homme a été condamné au silence, ordre donné de la main même de son meilleur ami, Blaise Compaoré, récemment bouté hors du pays par un soulèvement populaire après 27 ans de fonction.

Sankara, l'homme intègre

L’homme est fascinant. Le documentaire permet de s’en rendre compte rapidement. La difficulté de critiquer ce documentaire vaut cependant pour le genre en général, doit-on se limiter au sujet et l'apprécier pour ce qu'il montre ou dénonce ? Le personnage Sankara vaut tous les détours vous l’aurez compris, un homme aussi moderne est rare sur cette planète, un Président qui ne poursuit pas le pouvoir pour le pouvoir, qui ne s’enrichit pas, qui cultive l’humour et la pique assassine est résolument une mine d’or. Mais un documentaire doit proposer un point de vue à l’épreuve de sa forme, de la manière dont il est construit. Hors, Capitaine Thomas Sankara ne propose qu’une succession d’images d’archives, un copié-collé de vieilles bandes de l’ORTF. Le grain fatigué, les couleurs saturées ne sont pas à elles seules une ébauche artistique.

Sur le fond, on frôle parfois le portrait complaisant. Cupelin passe rapidement sur les zones d’ombre de l’homme, sur les prisonniers politiques ou les exécutions sommaires par exemple. C’est pourtant ce qui aurait permis de démystifier l’homme et de lui donner une amplitude encore plus singulière. Le documentaire a une fonction didactique, et c’est sans doute son objectif. Sankara avec son célèbre « L’impérialisme, à bas » n’a dirigé le pays que quatre ans, mais il a laissé un souvenir indéfectible à son peuple qui ne jure encore que par lui. C’est assez sidérant d’imaginer que c’est son bras droit, celui qu’il a formé et qui a bu son enseignement, qui a fini par le faire tuer tout ça pour se reposer dans le fauteuil du pouvoir, adoubé par la France et les dictateurs africains. Les rôles de Mitterrand et de Khadafi dans ce meurtre n’ont jamais été clairement établis mais ils font peu de doutes. La séquence la plus glaçante de ce documentaire est d’ailleurs cette conférence de presse en novembre 1986 où Sankara sermonne Mitterrand sur la célèbre hospitalité française envers les dictateurs africains qui, pour bon nombre d’entre eux, se la coulent douce dans des hôtels particuliers. Mitterrand avec sa petite tape sur l’épaule fait son baiser de Judas en direct… 

Réalisateur : Christophe Cupelin

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 1h30

Date de sortie FR : 25-11-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 25 Novembre 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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