Critique de film
Cars 2

Ils sont sympas chez Pixar de défendre les intérêts de l’industrie pétrolière américaine en faisant croire le contraire. Ils n’ont pas été rachetés par Disney pour rien. C’est vrai qu’avec leurs gros 4X4 et leurs voitures qui consomment un max, ils doivent bien justifier l’utilisation du pétrole et c’est ce qu’ils ont habilement fait dans Cars 2Brad Lewis et John Lasseter (dont le père vendait des pièces détachées Chevrolet), les réalisateurs, parviennent tout de même au bout d’une heure et demie de dessin animé calibré pour les générations futures à déclarer qu’il n’y a rien de tel que l’essence, à déculpabiliser par la même occasion le peuple américain et à faire un gigantesque doigt d’honneur aux combustibles alternatifs ! Ils sont forts ces ricains. Le comble dans tout ça, c’est que la droite conservatrice américaine leur a reproché un scénario mettant en lumière un complot conçu par une firme pétrolière américaine. 

Dans Cars 2, Flash Mc Queen est devenu une célébrité qui participe aux courses les plus prestigieuses du monde. Il repasse faire un coucou à ses potes de Radiator Spring, le bled au bord de la route 66 qui avait servi de décor au précédent volet de la franchise. Son vieux pote Martin le remorqueur est tellement heureux de le revoir que Flash décide de l’emmener avec lui au Grand Prix Mondial pour une course en trois temps (Japon-Italie-Angleterre avec un détour par la France) qui sacrera la voiture la plus rapide du monde. Martin, le remorqueur qui n’a jamais quitté sa cambrousse, débarque donc à l’étranger, prétexte à de nombreuses blagues de potache sur les autres cultures.

Les japonais, véritable valeur étalon de la folie humaine pour les américains s’en prennent plein la tronche : programmes TV débiles, wasabi, sumos et courbettes en tous genres. La France n’est pas à meilleure enseigne (n’oublions pas que pour dire ‘excusez-moi d’être grossier’, les américains disent ‘Excuse my french’) décrite dans Cars 2 comme un pays de gens malpolis, un repère de voyous et du marché noir. L’Italie en prend aussi pour son grade mais c’est plus léger, mafia, Ferrari (sous les traits de la voiture narcissique Francesco Bernouilli qui parle de lui à la troisième personne du singulier), bouffe et convivialité sont au programme de ce tour du monde des stéréotypes. Enfin l’Angleterre, sa distinction, ses voitures élégantes et sa famille royale n’ont pas trop à se plaindre. 

Cars 2, c’est un peu le bouseux qui débarque dans le monde civilisé. L’américain moyen qui est con mais sympa, honnête et courageux (belle séquence d’introspection . C’est quand même lui qui a sauvé l’Europe du nazisme. Ce touriste lambda c’est Martin, le remorqueur, devenu le personnage central de cette suite. Flash est quant à lui à l’arrière plan du scénario, secondaire et aussi lisse que possible, c’est d’ailleurs Owen Wilson qui le double et Guillaume Canet du côté. C’est l’homme à la morale bien pesée, le personnage de dessin animé le plus ennuyeux de l’histoire. 

L’intérêt de Cars 2, c’est sa mise en scène fluide qui s’appuie sur un script résolument inspiré du film d’espionnage à la James Bond. Si l’intrigue en tant que telle qui tourne autour d’un carburant vert ne passionnera pas le spectateur âgé de plus de 12 ans, elle offre à la réalisation un terrain de jeu fascinant fait de courses poursuites dynamiques et de trouvailles inventives. Le film est visuellement extrêmement riche, il y a un souci du détail étonnant et toutes les voitures figurants dans le film ont vraiment une ligne (en acceptant le trait arrondi des studios Pixar bien entendu), voitures anglaises, américaines, italiennes, françaises et japonaises, allemandes aussi. Elles sont toutes à la fête et c’est l’industrie automobile mondiale qui est réinventée dans Cars 2.

Au final, c’est d’autant plus regrettable que le film accouche d’un message résolument protectionniste, qu’il se serve d’un tour du monde pour se réfugier sur ses bonnes vieilles valeurs sans retirer le moindre enseignement des autres cultures. C’est du tourisme stérile. L’humour et la fraîcheur du premier opus sont aux abonnés absents, Cars 2 s’étant sans doute trop concentré sur le rendu graphique et l’intrigue pour s’abandonner à la légèreté. Pixar nous avait habitué à mieux.

 
Durée : 1h52

Date de sortie FR : 27-07-2011
Date de sortie BE : 27-07-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 10 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
[973] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES