Critique de film
Casse-tête chinois

Après L’auberge espagnole et Les poupées russes, Cédric Klapisch a trouvé un nouveau nom rigolo joliment complété d’un adjectif de nationalité. Belle occasion de revenir aux aventures de son fidèle héros Xavier, d’autant plus que ses potes Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France et toute la bande sont partants. Titillé par le vague espoir d’un regard franco-français sur Pékin ou Hong-Kong, votre naïf rédacteur déchante vite : le troisième volet des aventures du globe-trotter se déroule à New-York. Une ville dont la cinégénie n’est plus à prouver, occidentale, accueillante, bref, un choix moins risqué. De toute façon, des risques, Cédric Klapisch se garde bien d’en prendre.

Le titre révèle vite ses secrets : Casse-tête chinois ou la vie ô combien complexe de Xavier (Romains Duris) dixit la voix-off. Le personnage va s’évertuer à nous le prouver. Parisien et père de deux enfants, Xavier a une copine lesbienne qui lui demande de mettre son sperme dans un bocal. Après cette dure épreuve, sa femme le quitte en emmenant les gosses à New-York. Du coup, Xavier se dit qu’il ferait bien un tour dans la Grosse Pomme lui aussi. Il trouve un appart’ à Chinatown (ceci explique cela), un job, s’organise un mariage blanc, sa copine Martine (Audrey Tautou) vient lui rendre visite… Mais avec tout ça, comment diable trouve-t-il le temps de finir son bouquin ?

Au terme de la longue introduction de Casse-tête chinois, Xavier prend la décision de partir pour New-York. Sa voix-off (encore) nous assure qu’il doit « remettre le voyage en route ». Le parallèle est facile, mais devant Casse-tête chinois, on ne peut s’empêcher de penser que Cédric Klapisch, doit de son côté remettre la machine à entrées en route. En effet, après le semi-échec de Ma part du gâteau, on comprend bien la tentation de renouer avec le populaire Xavier/Romain Duris. Soit l’indéniable alter-égo du réalisateur à l’écran (rappelons que Cédric Klapisch a découvert Romain Duris et contribué à le lancer, le premier casting de l’acteur étant même trouvable sur internet, façon Truffaut/Léaud).

Que la motivation de retrouver Xavier et ses copines soit sincère ou pécuniaire, de nouvelles aventures doivent être contées. Et c’est précisément là que le bât blesse. Cédric Klapisch ne parvient absolument jamais à nous intéresser aux déboires (relatifs) de son personnage chanceux et bourgeois. La carte-nostalgie de retrouver quelques figures connues ne fonctionne qu’un temps, et on se met à se demander pourquoi est-ce qu’on regarde ce film, qui pourrait très bien durer encore dix minutes ou dix heures. Les évènements qui se déroulent devant nos yeux semblent tous déconnectés les uns des autres comme des pièces mal assorties reliées uniquement par la voix-off. L’anticipation du spectateur s’approche du néant et son intérêt va décroissant au long de la projection.

Pour retrouver le parfum de film générationnel qui fit le succès des deux précédents volets, Cédric Klapisch recourt à de nombreux artifices de mises en scène : animations en papier découpé ou sur des plans de métro, utilisation de visuels web de réalité augmentée, magazine érotique animé, éclatement structurel du récit… Ces idées de caches misère détournent pendant un moment l’attention du scénario calamiteux en apportant à l’ensemble un aspect plutôt dynamique. Malheureusement, le reste de la mise en images est plate et se borne à un découpage attendu. C’est bien simple, hors des séquences à effets, la dramaturgie de Casse-tête chinois est tellement absente que Cédric Klapisch ne sait tout bonnement pas sur quoi concentrer sa mise en scène.

L’autre élément clé de la réussite de la série, c’est bien-sûr l’interprétation. Et certes, Romain Duris est un acteur qui s’est affiné avec le temps et il participe grandement à ce qu’on avale ce Casse-tête chinois sans trop de problèmes. Quant aux autres, ils sont desservis par l’absence de traitement crédible de leurs personnages et par des dialogues ampoulés (pour Audrey Tautou) ou vulgaires (pour Cécile de France). Là où le film sonne horriblement faux, c’est lors des séquences mettant en scène les acteurs français face aux acteurs américains. Jouant chacun sur une gamme différente, on ne croit pas une seule seconde à leurs rencontres. Ceci à l’exception révélatrice d’une scène dans laquelle le héros rencontre le compagnon de son ex-femme. Cette entrevue fonctionne précisément parce qu’elle s’amuse de l’incompréhension entre les deux personnages.

Il ne faut pas bouder son plaisir. Casse-tête chinois, pourvu qu’on ne se la casse pas trop (la tête), se laisse voir sans trop de désagréments, tout juste en jetant un œil sur sa montre. Le film fera probablement le plein d’entrées, et contentera un grand nombre de spectateurs déjà conquis par les précédentes aventures du héros créé par Cédric Klapisch. Le film arrache même quelques rires grâce à un humour à base de cuts inattendus. Une forme d’humour elle aussi dans l’air du temps, pratiquée par Norman Thavaud ou dans la série bref, dont le héros Kyan Khojandi fait d’ailleurs une apparition. Ce jeunisme forcené, tant dans l’humour que dans le style, voilà ce qui séduira aujourd’hui, mais qui accélèrera aussi le vieillissement d’un film presque désuet avant même sa sortie.

Durée : 1h57

Date de sortie FR : 04-12-2013
Date de sortie BE : 11-12-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 12 Octobre 2013

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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