Critique de film
Chef

Séparé en trois parties narrativement distinctes quoiqu’assez peu différentes, #Chef propose une intéressante vision de l’industrie culinaire. Démarrant dans les hautes sphères des cuisines en inox peuplées par dizaines pour s’achever dans l’intimité la plus familiale d’un fast-food exotique.

Mais c’est avant tout de passion que parle Favreau dans ce film, peut être son plus personnel. Se mettant en scène lui-même au sein d’une entreprise en roue libre, un institut qu’il ne gère plus. Il construit un récit sur sa propre personne et interprète le rôle principal dans une confondante et véritable bonhomie qui lui est propre. La critique démonte sa passivité sur laquelle il n’a aucune prise. Il veut plus, toujours plus d’ambition. Donc moins de contraintes, comme un besoin de revenir aux sources, au plus petit, à l’infime des débuts, de la naissance de la création et de s’écarter des pouvoirs sur-pensants. Et c’est là que le film se fait humain et devient touchant. Dans la sincérité de monstres qui portent encore en eux la passion, le besoin de renouveau. Comme celle du réalisateur d’Iron Man bouffé par le pouvoir castrateur de l’argent sur l’industrie cinématographique au point qu’il imposerait donc un budget réduit pour raconter si simplement, presque joliment.

Il reste cependant décevant qu’un manque de finesse dans la mise en parallèle des différents mondes se fasse ressentir dans un discours trop anodin pour prendre part à la narration. Discours compensant un manque de virtuosité technique par de réguliers appuis scénaristiques pesants. Un travail sur le son et la lumière emmène pourtant la bouffe plus loin que l’unique plaisir mais vers un art visuel et auditif. Parti pris formel de sur-esthétisation usé mais efficace tant il fait preuve d’évidence. Puisque c’est bien à travers son rapport à l’argent (jamais filmé), à la critique fantasmée et à la cuisine sublimée que le film enchante bien avant ses travers classiques (la rédemption du père, la famille et une ou plusieurs vies à reconstruire).

Car c’est en se dévouant à son art avant toute chose que Carl Casper (John Favreau) aura laissé sa femme partir et son fils s’éloigner. Enfant vivant dans l’absence d’un père effervescent avec lequel il renouera bien évidemment. Gamin (mais aussi d’autres adultes) dont les pensées fusent au rythme des tweets. Plus vite que ne s’installent les relations voire même les paroles pour de régulières touches d’humour jamais malvenues.

Le film hélas ne s’allège pas dans la durée. Laissant la première partie fraiche et amusante s’éteindre pour une seconde portant le poids du renouveau puis de terminer dans une troisième partie plus exotique : réussite et réunion familiale. L’humain s’alourdit, les sentiments aussi, avant de s’achever entre deux hashtags d’où peuvent poindre la mélancolie, la joie et la vie. De façon fugace mais inspirée.

Un film sur le vide comme sur le plein donc. De différents corps affamés par un art identifié pour les substituer tous. Le vide aussi d’un désir à remplir, à combler, d’un besoin de fabriquer, d’inventer quel qu’en soit le prix. Mais surtout une déclaration d’amour à l’art, aux arts et aux artisanats. Une histoire simple qui parle sans ambages d’un sujet éculé mais avec tant de cœur, d’estomac et de papilles, qu’il faudrait faire preuve de mauvaise foi pour ne pas l’apprécier ne serait-ce qu’un peu… En passant.

Durée : 1h54

Date de sortie FR : 29-10-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Octobre 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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