Critique de film
Class Enemy

En Slovénie dans une classe de lycée, la professeur d'allemand, adorée de ses élèves, part en congé maternité. Elle est remplacée par un homme autoritaire qui ne laisse pas le facteur humain s'immiscer entre lui et ses élèves. Quand une des élèves de la classe se suicide, la classe commence à le prendre pour cible et à le tenir responsable du geste désespéré de leur camarde. On est dans une version slovène d'Entre les Murs où l'on ne sort absolument jamais du lycée.

Petit jeu pervers en communauté, Class Enemy nous démonte les mécanismes de l'influence au sein d'une classe, micro société par excellence. L'un entraîne les autres dans une rébellion contre les institutions, et plus le film avance, plus le drame initial (exprimer sa douleur d'avoir perdu une amie) devient secondaire face au fait d'être en groupe contre l'autorité.

Face aux élèves, le personnage du professeur d'Allemand impassible et sévère est fascinant car rien ne semble l'atteindre. Et c'est dans cette passivité érudite qu'il devient émouvant (excellente performance de l'acteur Igor Samobor). On ne saura rien de lui, on ne saura pas d'où il vient ni quelles sont ses failles. Cependant en offrant un mur inexpressif face à la rage d'adolescents il les mets face à leur propre contradiction, à leur propre vacuité. Et c'est à cette attitude froide pleine de sagesse qui reste fixe dans la tempête que les élèves vont pouvoir se raccrocher.

Et si durant une première partie on est plutôt intrigué par l'orientation du scénario qui plonge de plus en plus profondément dans une relation perverses entre les élèves et dans leur rapport à leur professeur, très rapidement on tombe dans une démonstration théorique morale d'une lourdeur rédhibitoire. Il manque au film une certaine radicalité dans son propos. Il reste finalement bien sage, bien conscient de son discours sans jamais en dévier et sans jamais finalement embrasser pleinement la tragédie qui lui sert de pilier. Trop théorique, trop signifiant et pas assez dérangeant, le film échoue à nous bousculer, à nous remettre en question, à nous confronter pleinement à l'inextinguible douleur du deuil.

Durée : 1h52

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 30 Décembre 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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