Critique de film
Colt 45

Pitch : Armurier et instructeur de tir au 36 quai des Orfèvres, Vincent Milès (Ymanol Perset) est expert en tir de combat. Sa vie bascule le jour où il fait la connaissance de Milo Cardena (Joey Starr), un flic trouble, qui va l’entraîner dans une incontrôlable spirale de violence, plaçant Vincent au centre d’une série d’attaques à main armée, de meurtres et d’une féroce guerre des polices.

Chemin de croix

L'attente fut longue. Tourné en 2012, le nouveau film de Fabrice Du Welz Colt 45 est resté plus d'un an dans les cartons de ses producteurs avant d'être parachuté en plein mois d'août, sur l’autoroute des vacances entre un Transformer 4 et la dernière pantalonnade en date du studio Marvel. Quid de la situation : des rumeurs persistantes de conflit entre le réalisateur belge et son producteur Thomas Langmann connu pour son interventionnisme et un possible remontage effectué après le départ du cinéaste sur le tournage d'Alleluia. Résultat des courses, le film, aujourd'hui dans les salles, oscille entre éclairs de génie et passages convenus, sans pouvoir démêler les responsabilités de chacun dans l'entreprise. Là où aux Etats-Unis, on se tirerait joyeusement dans les pattes, ici, le mot d'ordre de la profession est au silence, à l'exception de quelques déclarations douloureuses et laconiques du principal intéressé en la matière, Fabrice du Welz. En France, la défense du cinéma d'auteur ne semble pas avoir cours pour le cinéma de genre et pour ses représentants. Tout le monde reste les deux doigts sur la couture du pantalon en attendant que le film disparaisse des écrans.

Et pourtant, malgré ses scories et son rafistolage évident, Colt 45 reste un bel objet, à part dans le paysage du cinéma français, un film âpre, sec et violent, loin de l'image de sous-Olivier Marchal que suggère son affiche bleutée. A la lisière du fantastique et du cinéma d'horreur, du Welz investit chaque scène d'action d'une atmosphère cauchemardesque qui épouse à merveille l'état d'esprit et la perte de repère de son interprète principal. La peinture s'écaille et les douilles partent en fumée pour laisser place à la lumière baroque et hypnotique du chef opérateur Benoit Debie, compagnon de route du réalisateur depuis ses débuts. Entre deux, le scénario fait malheureusement du surplace, prisonnier d'un montage en pilotage automatique qui annihile tout le potentiel viscéral et immersif de ce récit d'apprentissage torturé.

Entre ombre et lumière

Véritable révélation, le jeune Ymanol Perset illumine l'écran de sa présence et ferait presque oublier la prestation pathétique de son partenaire Didier Morville alias Joey Starr, l'oeil torve et la diction éthylique, qui ruine toutes les séquences clés dans lesquelles il apparaît. A l'image de ce duo improbable, Colt 45 alterne sans cesse entre le chaud et le froid, comme si deux films radicalement différents couvaient sous la surface. Difficile d'entrevoir où le film de du Welz se termine et où commence celui de son producteur, mais force est de constater que cette bataille accouche d'un film schizophrène qui aura bien du mal à s'attirer les faveurs du public estival.
On espère seulement que cette expérience douloureuse n’ôtera pas à Fabrice du Welz son envie d'embrasser un spectre plus large du cinéma de genre, tant l'homme compte parmi les réalisateurs les plus talentueux de ces dernières années. Dans l'espoir de tels lendemains, on conseillera aux amateurs de jeter un oeil sur ce Colt 45, qui réserve malgré tout quelques belles surprises. En ces temps de disette, il serait dommage de faire la fine bouche.

Durée : 01h25

Date de sortie FR : 06-08-2014
Date de sortie BE : 01-10-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 14 Août 2014

AUTEUR
Manuel Haas
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