Critique de film
Contagion

Steven Soderbergh (Trafficsexe, mensonges et vidéosOcean's 1112 et 13) est un cinéaste à part, alternant petits bijoux indépendants et grosses farces commerciales mais ayant toujours su s'accompagner d'une ribambelle assez impressionnante d'acteurs bankables. Et quand on sait que ce sont les acteurs qui permettent à un film d'être financé, on se dit que Soderbergh a tout compris. Le casting de Contagion, son dernier film, est tout bonnement hallucinant: Matt DamonJude LawKate WinsletMarion CotillardGwyneth PaltrowBryan CranstonJohn Hawkes et Laurence Fishburn ! Rien que ça. Comme dans une équipe de foot, il doit y avoir une gestion des égos assez stricte. Mais à l'instar de sa trilogie Ocean's, le réalisateur américain contourne l'obstacle en réduisant le rôle des acteurs, ils ne sont dansContagion que des éléments qui font avancer la mécanique implacable d'une épidémie mortelle, qui est la seule actrice du film, invisible mais omniprésente.

Tout commence au Jour 2, l'épidémie démarre aux Etats-Unis, Beth Emhoff (Gwyneth Paltrow), de retour de voyage en Asie, est prise d'une violente grippe qui la terrasse en deux jours. Son fils décède dans la foulée. Alors que son mari (Matt Damon) semble immunisé, l'épidémie se propage à travers le pays puis le monde. Elle se propage par le contact humain. Elle est le fruit d'un virus provenant conjointement d'une chauve-souris et d'un porc. Soderbergh va s'attacher à décrire les jours qui vont suivre l'épidémie en se plaçant du point de vue des chercheurs et surtout du CDC (Center for Disease Controls) dirigé par le Dr. Ellis Cheaver (Laurence Fishburn). Des épidémiologistes sont envoyés sur le terrain, le Dr. Leonora Orantes (Marion Cottilard) part étudier la source du foyer en Asie afin de déterminer son origine exacte tandis que le Dr. Erin Mears (Kate Winslet) va établir un centre de crise aux US. Seul contre-pouvoir au CDC, le blogueur Alan Krumwiede (Jude Law) qui dénonce les agissements du CDC et de l'OMS.

Jour après jour, grâce à un montage dynamique (faut-il rappeler que Soderbergh a fait ses armes comme monteur), le réalisateur se refuse tout effet de suspense, d'angoisse, de dramatisation excessive. Le déroulement de l'intrigue est implacable, voilà ce qui arrivera le jour où un virus mortel se propagera dans le monde à l'instar de la grippe espagnole au début du XXe siècle. Ce sont des chiffres qui s'abattent, le décompte des jours et la progression du virus dans le monde avec son nombre de morts. Difficile de déchiffrer ce qu'il cherche réellement à dénoncer tant il est toujours de bon ton de taper sur les laboratoires pharmaceutiques. Ici, pourtant, il a le mérite de mettre en ligne de mire les blogueurs dont celui qui se vante d'avoir 12.000.000 de visiteurs uniques et qui exhorte ses lecteurs à ne pas se faire vacciner. Il est un fervent supporter de la théorie du grand complot. Le pire c'est qu'il y a 12.000.000 de crétins qui pensent comme vous, lui rétorque un flic.

Formellement le film ressemble à Traffic, multiplication des lieux de l'action, des couches de lecture, style visuel marqué et musique anachronique omniprésente. De ce drame réaliste et prédictif, il résulte un procès généralisé de toutes les institutions qui traitent de la santé. L'existence d'un traitement non homologué est passée sous silence, l'OMS passe un accord avec les laboratoires, le directeur du CDC révèle l'existence d'un vaccin à ses proches, le blogueur utilise la panique généralisée pour retirer des dividendes de son taux de visite. La démonstration est sans appel, parce que présentée sans pause, sans recul. Contagion est un défilé d'images qui s'étouffent dans l'entonnoir d'un point de vue unique. Les citoyens lambdas ressemblent à des survivants d'une attaque zombie, errant dans des supermarchés déserts.

Le parti-pris de Soderbergh est évidemment de noyer l'individu, la volonté personnelle au profit d'une recherche holistique menant à la sauvegarde de l'espèce humaine, tout en lui offrant tout de même la chance d'exprimer ou non sa part d'humanité. C'est là que Contagion échoue... Jamais on ne parvient à s'intéresser à eux, à être ému par eux. On comprend que Soderbergh a voulu épouser son sujet, multipliant les personnages comme métaphore de la vitesse à laquelle l'épidémie se propage mais à trop vouloir réussir un film technique il l'a déshumanisé, il n'est pas parvenu à nous donner envie de croire en leurs combats. Même Marion Cotillard qui semble être la seule à avoir un personnage intègre semble peu crédible dans son rôle de médecin reconvertie à un rôle d'enseignante après avoir été kidnappée pour faire pression sur les laboratoires.

Soderbergh a réussi une parfaite démonstration apocalyptique, quoique finalement assez peu nuancée étant donné qu'il est globalement accepté dans les médias que les laboratoires sont des nids de démons, il a conduit son récit avec maîtrise, au prix d'un montage hallucinant d'efficacité, mais il a oublié en chemin, obsédé par son rythme, de confier des rôles à ses acteurs oscarisés.

 

Durée : 1h46

Date de sortie FR : 09-11-2011
Date de sortie BE : 02-11-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 18 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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