Critique de film
Crazy Amy

Humoriste cinglante à la bouille (ni laide, ni magnifique dit-elle) d’enfant qui aurait oublié de vieillir, Amy Schumer est le corps et l’esprit de cette comédie entre clichés et inventivité.

C’est une archive, anormalement typée seventies (période de l’enfance de Judd Apatow) et évidemment factice qui ouvre le récit comme une manière d’expliquer la débauche toute relative qui s’en suivra. Un homme explique à ses deux jeunes filles dans le champ lexical qui leur correspond pourquoi la monogamie est selon lui une utopie fumeuse. L’essai est de bon augure, amusant et plutôt réussi. Mais rapidement le « 23 years later » un sketch graveleux et une voix off bouffante, inexplicablement exempte de renouvellements viennent abîmer l’espoir de divertissement qualitatif et démontre ses forces et ses faiblesses.

Comédie du retournement de clichés fonctionnels, Crazy Amy les utilise tous en proposant un (léger) changement de direction. De l’étonnemment auto-dérisoire de John Cena en mâle à la virilité mise à mal par ses désirs tacites d’homosexualité, les parents divorcés (pierre angulaire de toutes les névroses), l’histoire d’amour dans un premier temps peu crédible (ici, le personnage « sans cœur et sans attaches » est une héroïne et l’amoureux instantané un homme, l’une des façons trouvées par Apatow pour se réinventer ou modifier ses automatismes) … Mais on voit surtout les contretypes romantiques et les mœurs d’une génération passés à la moulinette morale Schumer/Apatow et par toutes les influences, époques et genres de la comédie américaine. Un peu faussement impertinent mais comme les sketchs, cette même impertinence prend son sens (et son humour) dans sa durée. Elle traîne, parfois trop, parfois bêtement, mais peut faire mouche sans crier gare.

Cette satire (plus aliénée qu’Allenienne) façon modernité revendiquée en rupture permanente entre comédie référentielle et diatribe régressive laisse ses références permanentes à la pop culture et au cinéma d’antan encombrer jusqu’à sa mise en scène ne semblant vouloir que rendre hommage et recréer des plans, des impressions tirés d’ailleurs. Si pour toutes ces raisons on peut qualifier le résultat de moyennement convaincant, de faussement moderne, voir de carrément passéiste, force est de constater les talents singuliers et inattendus des showmans sportifs (ou serait-ce l’inverse) John Cena et Lebron James. Et puis… Tilda comme toujours aussi géniale que méconnaissable. Et parfois, cela suffit !

Puis le film débande un peu et se dirige inextricablement vers un happy end normatif, vers une fin évidente et déceptive avant qu’arrive Bollywood, mais un Bollywood légèrement épuré sur lequel se serait posé un esprit adolescent nourri à l’irrévérence potache façon MTV mais toujours à mille lieues de toute subjectivité.

Comédie verbeuse dont les dialogues souvent explosifs d’Apatow ne parviennent pas toujours à effacer l’ennui voir la déconnexion partielle ou totale de l’esprit alors en veille ne laissant pour présence que la volonté de suivre un flux de paroles ou chaque mot appuyé par chaque expression devient forcément lassant. Alors parfois, dans la vie, on peut se dire que tout cela est bien accessoire. Ce fut, ici, mon cas.

Durée : 2h05

Date de sortie FR : 18-11-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 19 Novembre 2015

AUTEUR
Lucien Halflants
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Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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