Critique de film
Dallas Buyers Club

Que ferait-on s’il ne nous restait que 30 jours à vivre ? Dévorer autant de Big Mac qu’on le désire ? Mettre nos affaires en ordre ? Ou refuser de s’avouer vaincu et se dresser contre la fatalité ?

Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y., Café de Flore) n’y va pas avec le dos de la cuillère pour son premier long métrage américain. Budget minime, acteurs étonnants, histoire vraie, scénario de Craig Borten et Melissa Wallack, qui en sont pratiquement à leurs débuts… Il a pourtant su relever le défi avec panache en nous offrant Dallas Buyers Club.

Dans la vie de l’électricien Ron Woodroof (Matthew McConaughey), il ne semble y avoir aucune limite : cocaïne, alcool à profusion, baises torrides sur le vif, sensations fortes au rodéo... Ce cowboy texan qui brûle la chandelle par les deux bouts ira pourtant plus bas que le bas de l’échelle. Diagnostiqué séropositif à la suite d’un accident de travail en 1985, il devra confronter la FDA, la justice, son entourage et surtout ses défauts les plus méprisables pour survivre. Il verra ainsi l’opportunité de profiter de sa situation pour s’en mettre plein les poches avec son assistant transsexuel Rayon (Jared Leto).

Le film est bouleversant par son réalisme. Pas de morale ou de sentimentalisme, seulement une prise de conscience et une bonne drive d’adrénaline. Les moments d’introspection, souvent les plus désarmants, sont ceux où Ron est dans sa voiture, le regard plein de vérité, de rage et d’amertume. Il broie du noir, il côtoie la mort. À maintes reprises on ressent sa détresse, communiquée par ses gémissements, sa douleur et une montée sonore qui semble abasourdir le personnage.

Plutôt que de prendre la direction du drame classique, Vallée a opté pour une fusion entre  l'humour cru et la souffrance. De plus, l’audace de la mise en scène permet au duo d’acteurs que forment McConaughey  et Leto (Requiem for a dream) de laisser libre cours à la chimie qui s’opère. Leurs répliques en sont d’autant plus épiques et leur relation loufoque nous rappelle Midnight Cowboy.

« Je préfère mourir avec mes bottes aux pieds. »

Bien que la réussite du film s’étale à plusieurs niveaux, la composition de McConaughey demeure sur toutes les lèvres : elle est épatante ! Il faut dire que le personnage en soi est haut en couleur. Parmi tous ses vices, l’homophobie et le sexisme sont en tête de liste. Il est également téméraire et gambler (il se servira de ses talents d’arnaqueur pour contourner le système et ainsi faire profiter les sidéens de médicaments illégaux). La répartie de Woodroof est hilarante et nuance l’évolution de sa mentalité frivole. Même si le personnage est un adepte des plaisirs autodestructeurs, il détient cette fureur de vivre sans borne. Il implore même Dieu dans un club de striptease ! Bref, il passe du déni le plus absolu à l’enthousiasme le plus convaincant.

Tom Hanks, récipiendaire d’un Oscar pour son rôle dans Philadelphia – film traitant aussi du SIDA – avait perdu près de 11 kilos à l’époque. McConaughey, quant à lui,  en a perdu 17 et pourrait lui aussi recevoir cette même statuette. Les sacrifices de l’acteur ont suscité beaucoup d’intérêt lors de la sortie du film. Perte de poids ou pas, ce qu’il faut garder en tête, c’est que la vie est précieuse et Dallas Buyers Club fait vibrer en nous le sens de sa valeur. Tout comme la virilité de notre redneck frêle, le film ne perd jamais de sa vigueur.

Durée : 1h57

Date de sortie FR : 29-01-2014
Date de sortie BE : 05-02-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :

Jeff
31 Mars 2014 à 17h10

Merci à toi L'Indigné ! J'ai lu ta critique aussi, très juste. Repasse quand tu veux! Pour ma part, bien content d'avoir découvert ton site.

L'Indigné du Canapé
24 Mars 2014 à 23h05

Parfaitement d'accord avec votre critique. Semblable en quelques points à celle que j'ai faite, en optant moi pour un angle politique, mais vous le comprendrez aisément : http://www.indigne-du-canape.com/dallas-buyers-club-le-poignant-combat-dun-mourant-face-aux-lobbies-assassins/

Bravo en tout cas ! Je repasserai.

L'I
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 13 Décembre 2013

AUTEUR
Jean-François Ratelle
[19] articles publiés

Cinéphile d’abord et avant tout, j’ai toujours rêv&eacu...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES