Critique de film
Dealer

Autofinancement

Dealer est un projet atypique dans le paysage du cinéma français. C'est un film principalement autofinancé qui s'est tourné sans les institutions habituelles (CNC, chaînes de télé, distributeur etc...). Il témoigne de la volonté de son acteur principal, Dan Bronchinson, de mener à bien le projet. C'est lui qui a financé la majorité du long-métrage. Sa présence à l'Etrange Festival est également surprenante car Dealer a été appelé à la dernière minute pour remplacer un autre film qui, à cause de problèmes techniques, n'a pu être livré à temps. Pas facile donc d'assumer ce rôle de bouche-trou. Cependant l'équipe a pris la chose du bon côté en faisant une présentation exhaustive et exaltée en préambule, se congratulant d'avoir réussi à mener à bien le projet.  On a donc d'emblée une certaine sympathie pour ce petit film totalement indépendant.

Dealer c'est l'histoire de Dan, petit dealer de quartier qui a soudain une grosse commande de cocaïne. D'abord réticent, il accepte le deal se disant que c'est son dernier gros coup et qu'ensuite il pourra assouvir son rêve de partir en Australie avec sa fille pour ouvrir une boulangerie/pâtisserie (oui les dealers ont des rêves comme les autres). Sauf que rien ne se passe comme prévu et que sa journée qui s'annonçait tranquille se transforme en course contre la montre avec la moitié de Paris qui veut sa peau.

A fond la caisse

Ce point de départ assez peu original il faut bien le reconnaître n'est finalement qu'un prétexte pour créer un film ultra rythmé naviguant sans cesse entre humour et violence. C'est d'ailleurs sa plus grande qualité, une espèce d’énergie brute qui le traverse et qui rappelle parfois dans un genre totalement différent Rengaine de Rachid Djaïdani, même façon de suivre ses personnages de très près dans une déambulation à travers les rues de Paris. Les dialogues sont plutôt bien écrits et surtout le casting est très bien (à part une prestation ridicule de Sébastien Barrio, ancien acteur porno, en gay de service qui en fait des tonnes). Dommage que l'ensemble soit recouvert d'une voix off absolument insupportable qui comme par peur du silence s'assure de bien remplir chaque moment de respiration que s'octroie le film. En plus d'être mal marmonnée par l'acteur principal ce qui fait qu'on en comprend la moitié, cela devient vite une infâme logorrhée à la recherche du bon mot qui écœure plus qu'autre chose. Très mauvaise idée.

Déjà-vu

De plus derrière l'énergie que reste-t-il ? Un énième avatar du cinéma de Quentin Tarantino et de Pulp Fiction en particulier. Même discussion sur la nourriture alors que ça torture à côté. Même fast food qui traîne et qu'on termine devant des proies terrorisées (sans doute une référence d'ailleurs mais d'une finesse pachydermique), même humour omniprésent, même esprit un peu cool etc... C'est marrant parce que l'année dernière était sorti en salles un film très similaire, quasiment une copie même, lui aussi majoritairement autofinancé : En Pays Cannibale. On y suivait la journée mouvementée d'un petit dealer parisien entre discussions sur le fast food et flash d'extrême violence. Cela est absolument déprimant quant à l'ambition de nos jeunes auteurs. Alors qu'ils sont libres de toutes contraintes, débarrassés des exigences des chaînes de télé pourtant si importantes, ils sont incapables d'offrir quoi que ce soit d'un tant  soit peu nouveau, d'assumer un univers qui leur est propre. Ils ressassent maladroitement une cinéphilie puérile bloquée à l'adolescence. C'est toujours désolant de voir un espace de totale liberté transformé en produit totalement conventionnel. Comme si le film en lui-même était la preuve accablante de l'inanité de son mode de production.

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 08 Septembre 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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