Critique de film
Détective Dee : La légende du dragon des mers

Trois ans après son somptueux Détective Dee, dont notre rédacteur en chef préféré n'avait su apprécier l'éclatante beauté, Tsui Hark est de retour avec la suite des aventures du célèbre détective chinois. Exit Andy Lau et place au jeune et sémillant Mark Chao pour une suite en forme de préquelle qui risque de trôner dans quelques années aux côtés de la mythique et prestigieuse saga Il était une fois en chine.
Fort du succès du précédent opus, Tsui Hark explose tous les espoirs placés dans cette nouvelle franchise et réalise un des plus beaux films de ce début d'année. Véritable profession de foi, la séquence de bataille navale qui ouvre le film et installe la menace aquatique, porte très haut la notion de spectacle et d'immersion. Sans cesse en mouvement, la mise en scène de Tsui Hark, multiplie les lignes de fuite, les amorces au premier plan pour accentuer le sentiment de profondeur de la 3D et redonner ses lettres de noblesse à un genre bien malmené par une décennie de Pirates des Caraïbes.

Après ses premiers pas réussis dans l'univers de la stéréoscopie avec le remake de Dragon Gate, le patron de la Film Workshop continue d'expérimenter ce nouveau médium avec une inventivité folle et un sens du détail sidérant. Sans oublier la dimension foraine du cinéma en trois dimensions avec ses effets de jaillissement en tout genre, Tsui Hark repousse les limites imposées par Avatar et Gravity. Expérience visuelle unique en son genre, où chaque plan ressemble à une toile de maître, Détective Dee impressionne par la puissance de sa mise en scène et la capacité de Tsui Hark à briser toutes les règles établies pour redéfinir les contours du genre. Multipliant les informations à l'avant et à l’arrière-plan, le réalisateur de Zu les guerriers de la montagne magique, malmène sans cesse nos attentes, et réinvente le film de chevalerie chinois à l'aune de la technologie 3D. Bénéficiant d’une direction artistique somptueuse, aux couleurs étincelantes et aux décors fastueux, le film est pourtant bien éloigné des productions auteuristes et naphtalinées signés Yang Zimou (Le secret des poignards volants) ou Wong Kar Wai (un GrandMaster qui aura divisé la rédaction du Passeur). A contrario de ces prédécesseurs, Détective Dee embrasse le spectre du cinéma de genre dans toute sa diversité et assume la dimension ludique de son programme à mi-chemin entre le serial à l’ancienne et tout un pan du cinéma de Hong Kong que son auteur a contribué à façonner.
Si le premier volet des tribulations du détective s’inscrivait directement dans le cadre du film d'aventure romanesque entre intrigues de cour et faux semblants, La légende du dragon des mers joue la carte du « wu xia pian » décomplexé et frondeur. Epaulé par le vétéran Yuen Biao à la chorégraphie, Tsui Hark multiplie les scènes de bravoure et les combats homériques, dont un combat final qui défie les lois de la gravité tout en invoquant avec brio l’image de Saint Georges terrassant le dragon.

Le cinéaste revisite également certaines séquences phares de sa filmographie dont une scène d’affrontement en rappel vertigineuse qui opère comme une variation brillante de celle du terminal Time and Tide. Les épées virevoltent et s'entrechoquent au rythme de la musique épique composée par Kenji Kawai qui renoue avec le cinéma de Tsui Hark neuf ans après l’échec du magnifique  Seven Swords. Loin de s'être assagi en pénétrant au sein du système de production chinois, le cinéaste égratigne au passage le pouvoir en place, au travers d’une scène hilarante qui fera le bonheur des cinéphiles et des urophiles.
Mélangeant les genres avec harmonie Détective Dee est un spectacle total, une véritable symphonie visuelle qui ne connaît d’égal dans le paysage du cinéma de divertissement. Tsui Hark renvoie à leurs gammes tous les faiseurs faisandés de blockbuster et redonne un sens à la notion de spectaculaire sur grand écran.
A l’image de la fameuse ratatouille magique du film de Brad Bird, Détective Dee est un ticket gagnant pour le  temps béni de l’enfance, une ode à l’imaginaire qui redonne foi en la fiction et son pouvoir d’émerveillement.

Durée : 02h19

Date de sortie FR : 06-08-2014
Date de sortie BE : 19-04-2014
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Critique mise en ligne le 01 Mai 2014

AUTEUR
Manuel Haas
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Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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