Critique de film
Drive

"It's all about fun", déclare le réalisateur sur un vidéo de présentation du film lors de l'Etrange Festival. Oui, Drive est certainement un film construit pour le plaisir du spectateur mais c'est aussi une histoire d'une tendresse humaine absolue où les personnages centraux sont des êtres en perdition sociale portés par une mélancolie délicieuse.

Cascadeur et garagiste de jour, l'insomniaque pilote (Ryan Gosling) accomplit de nuit des besognes pour la pègre. Il conduit des truands qui viennent de commettre des forfaits et les amène avec dextérité à bon port en prenant soin d'éviter les patrouilles de police. La première scène est d'une efficacité et d'une beauté sidérante. Le pilote est silencieux, la mise en scène s'attarde sur son visage, son regard profond, ses mains gantées et le soin qu'il apporte à slalomer à toute vitesse sur la route au son d'une retransmission radio d'un match de baseball.

Le pilote va ensuite tomber amoureux de sa voisine interprétée par la tendre Carey Mulligan. La construction de la relation toute en ellipses est un modèle du genre. C'est tellement rare qu'un réalisateur prête à ce point une intelligence de compréhension du récit au spectateur. La photographie est éblouissante tout au long de cette route silencieuse et nocturne.

Ryan Gosling déjà formidable dans Blue Valentine est exceptionnel. Sa prestation contenue habille le film d'une atmosphère sensible et virevoltante. Derrière son impeccable veste mordorée frappée d'un scorpion rouge, il abat les kilomètres et dévoile sa personnalité duale de manière saisissante. Je ne connaissais pas le cinéma de Nicolas Winding Refn, il m'a ébloui. Drive est un des plus beaux films de l'année ne serait-ce que par sa mise en scène, il est déroutant au niveau des jeux de lumière, phénoménale pour la recherche des plans, aussi varié que parfaitement monté. La bande-son enfin est à l'unisson du rythme sans cesse en recherche d'une perfection narrative.

Si le scénario est classique dans son genre, pointillé d'humour typiquement mafieux et d'une romance sombre comme le cinéma classique américain en est friand, il surprend par l'intelligence chirurgicale du récit qui pousse le personnage principal à sortir de sa réserve dorée où il accomplissait une vie sans enjeux vitaux. Le film est une magnifique symbiose du fond et de la forme, la clepsydre du temps spectatorial s'évanouit devant la maîtrise insensée du réalisateur.

Drive joue avec le temps, le remonte comme le cadran de la montre du pilote, le ralentit dans une scène grandiose dans l'ascenseur, l'accélère sur les autoroutes californiennes et le suspend avant de le dilater dans la conscience du spectateur. Une splendeur.

Durée : 1H40

Date de sortie FR : 05-10-2011
Date de sortie BE : 02-11-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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zorba
29 Décembre 2012 à 23h14

[?] avant de le dilater dans la conscience du spectateur. C'est sale.
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Critique mise en ligne le 17 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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