Critique de film
Dunkerque

Mai 1940. Attaque éclair de la Wehrmacht. Les forces alliées sont repliées sur la plage, la nasse, le piège de Dunkerque. Les Anglais attendent d’être évacués en rangs serrés. Les destroyers anglais mouillent au large, bientôt aidés par une armada de petits bateaux réquisitionnés par la Couronne.  Les soldats, en petites files ordonnées, sont agités comme un pied dans une fourmilière par la Luftwaffe qui pilonne ces cibles faciles. Les Français, quant à eux, maintiennent les troupes allemandes dans les ruelles de la ville et protègent le repli britannique. L’opération Dynamo démarre. 338 000 soldats seront évacués en une semaine. Un tournant de la guerre.

Fionn Whitehead sur la plage de Dunkerque

Démiurge du temps

Nolan revient sur cet épisode de la Seconde Guerre mondiale (après Leslie Norman et Henri Verneuil) pour asseoir encore un peu plus son obsession du temps qui passe. Le cinéma est évidemment indissociable du temps. Mais chez le natif de Westminster, le jeu de la distorsion tourne à l’obsession : Inception, Memento, Interstellar n’en sont que des déclinaisons. Dans Dunkerque, il opte pour une polyphonie temporelle, une valse à trois temps décomposée en trois lieux qui vont finir par se rejoindre : la plage et sa jetée, les pilotes dans leurs avions et les civils britanniques dans leurs bateaux de plaisance. Trois temporalités, trois espaces, trois récits chapeautés par un réalisateur qui domine la clepsydre comme un démiurge.

Tic-tac

La maîtrise formelle de Nolan est évidemment démentielle. A l’exception d’une ou deux perceptions élastiques de la distance, tout s’emboîte harmonieusement sous les scores terrifiants, rythmés au son d’un tic-tac, de l’inénarrable Hans Zimmer. C’est du spectacle immersif, du 70 mm léché. Si le réalisateur n’a d’autre propos que de dénoncer l’horreur de la guerre, avec pour seule échappatoire la fuite, il ne lésine pas sur les moyens. Peu d’effets numériques, un concert d’explosions, de fumée, d’eau qui s’engouffre et qui recouvre tout, un océan d’huile, des bouches couvertes de sable et de sel dans une économie de verbe et de dialogue qui rapproche le film du cinéma muet. Le cinéma se raconte par le mouvement. 

Survival

Si Nolan se prend pour Chronos, il troque aussi sa peau contre celle de la divinité suprême Maya, le dieu des quatre éléments Kukulkan. Eau, terre, mer, feu. Nolan s’y frotte et vainc toutes les embûches. Dunkerque c’est un peu L’Etoffe des héros, Das Boot et Il faut sauver le soldat Ryan réunis en un seul film. Mais curieusement ce n’est pas un film de guerre car ici l’ennemi est invisible ou plutôt il n’a pas de visage : tantôt un avion allemand, des impacts de balle sur la coque d’un bateau ou des soldats floutés qui encerclent un pilote. Ce qui intéresse le réalisateur c’est de montrer que les soldats ne veulent qu’une chose : fuir, s’échapper, se tirer, se faire la malle. Les trois soldats de la plage renoncent même à leurs fusils. Leur seul souci à marée basse ou à marée haute : trouver une issue de secours. C’est en cela que Dunkerque tient plus du survival que du film de guerre. C’est surtout un film qui ne montre pas les soldats en héros, enfin du moins pas tous… et c’est d’ailleurs le principal écueil de cette trop parfaite symphonie.

Si les soldats au sol (d’ailleurs incarnés par des acteurs plus ou moins inconnus) sont des petits pantins désarticulés sur une plage-prison, et que leur seule volonté les pousse à survivre sans combattre, ils ne doivent la vie qu’au courage d’autres qui se sacrifient. Ces autres, héros de l’ombre, ce sont au contraire des acteurs connus : Tom Hardy qui enlève son casque de pilote sur un coucher de soleil de carte postale, Mark Rylance, capitaine courage d’un bateau de plaisance prêt à laisser mourir l’un des siens pour en sauver d’autres ou encore Kenneth Branagh, commandant d’une flotte partie au large qui reste seul pour attendre les Français. Dans un film où le phénomène d’empathie se noie sous la démonstration formelle, l’irruption finale de l’héroïsme et du pathos sonne comme une concession un peu trop facile à la sacro-sainte image du héros masculin dans le cinéma américain. 

Durée : 1h47

Date de sortie FR : 19-07-2017
Date de sortie BE : 19-07-2017
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Mathieu
14 Août 2017 à 04h16

J'ai revu une 2e fois et j'ai complètement été immergé par le film, laissant de côté mon regard critique pointu! Nolan n'a jamais prétendu raconter une histoire véridique sur DUNKERQUE, ni un film de style documentaire. Il offre un suspense spectaculaire haute pulsation, le plus immersif possible pour évoquer en meme temps le choas, l'instinct de survie, l'angoisse qui régnait chez les soldats anglais principalement. De plus, le commandant qui attend pour les Francais est un hommage èa l'apport des soldats Francais. Et le personnage fictif de Branagh est inspiré d'un vrai commandant qui est reparti d'Anglettere pour retpurner èa Dunkerque pour les Francais, pour périr ensuite au retour! Qui est le plus héroique, celui de la fiction ou celui de la vrai vie? Un film reste un film même s'il s'inspire de la réalité.

Mathieu
31 Juillet 2017 à 05h16

La fin a quelque chose d'artificielle (un climax héroïque à tout prix dans un blockbuster). Il s'agit tout de même d'un Nolan qui prend des risques pour un film de guerre grand public (1h 45, peu de dialogues, pas de véritable personnage principal, espace-temps non-linéaire, Tom Hardy masqué dans un petit cockpit). DUNKIRK crée un suspense haletant dans une mise en scène immersive,anxiogène, vertigineuse, à grand déploiement, sans l'arsenal d'effets spéciaux numériques. Ca mérite 4 sur 5, tout comme THE DARK KNIGHT et INCEPTION d'ailleurs.
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Critique mise en ligne le 23 Juillet 2017

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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