Critique de film
Edge Of Tomorrow

All you need is kill

Au générique de fin d’Edge Of Tomorrow figure une mention plutôt inattendue. Le nouveau film de Doug Liman (Mr. et Mrs. Smith, La Mémoire dans la peau) puise sa source dans All you need is kill, un light-novel (romans publiés en épisodes) d’Hiroshi Sakurazaka et publié au Japon à partir de 2004. Etrange, tant Edge Of Tomorrow multiplie sur près de deux heures toutes sortes de références plus ou moins assumées au cinéma américain. Pour faire vite, ce sympathique actioner de science-fiction est un improbable mélange entre Starship Troopers et Un jour sans fin, mais ce sont là loin d’être les seules pelloches cultes évoquées lors de la séance.

Le pitch

Dans un futur proche, la 3ème guerre mondiale bat son plein : d’un côté les humains, de l’autre les Mimics, des extra-terrestres tentaculaires ultra-rapides. En charge des relations publiques de l’armée américaine, le major Cage (Tom Cruise, égal à lui-même) est puni pour excès de couardise. Rétrogradé simple bidasse, il intègre une unité de gros bras menés par Bill Paxton (coucou Aliens), avant d’être envoyé à la boucherie. Au combat, Cage tient le coup quelques minutes avant d’être salement liquidé. Mais là, surprise, il se réveille sain et sauf, vingt-quatre heures auparavant. Parvenant à nouer des liens avec une héroïne de la résistance terrienne (Emily Blunt), Cage apprend qu’il est atteint d’une sorte de virus qui lui fait revivre encore et encore la même journée.

Un jour sans fin

Aucun doute face au très haut niveau d’improbabilité de ce pitch: Edge Of Tomorrow est un film de science-fiction pour le fun (et encore, attendez de voir comment le fameux « virus » se contracte et se guérit, des sommets de grotesque vous attendent). Après une exposition qui laisse craindre le pire, Doug Liman installe rapidement la mécanique et les règles du jeu du film. Dès lors, les scénaristes tiennent un excellent cap: exploiter à fond leur argument de base abracadabrantesque. Dans Edge of Tomorrow, le système du jour qui se répète sans cesse est travaillé sur plusieurs registres. D’abord le comique bien entendu, réemployant des recettes à l’œuvre dans la comédie chérie d’Harold Ramis. Ensuite sur un registre dramatique: par exemple, le spectateur découvre une nouvelle scène, mais le personnage principal l’a déjà vécue de nombreuses fois. Résultat, le héros arrive très vite au nœud irréductible du problème et se voit obligé de changer de stratégie. Grâce à ce système, le récit effectue des bonds en avant très profitables au rythme du film.

Reload

Troisième registre d’exploitation du principe de base, celui de l’action. Dans ce domaine, Edge Of Tomorrow rappelle nettement l’univers des jeux-vidéo. Envoyé au front, Cage joue au level « plage ». La première fois que le personnage vit cette scène, il découvre le front et les évènements s’enchaînent dans une impression de chaos appuyée par l’utilisation de la caméra épaule (référence explicite: Il faut sauver le soldat Ryan). Au fur et à mesure qu’il revit cette scène, Cage anticipe les évènements, il sait d’où surviennent les dangers. Connaissant le level par cœur, il va de plus en plus loin, et progressivement ses actions deviennent comme chorégraphiées. Intelligemment, le découpage de Doug Liman appuie cette idée: les mouvements de caméra sont de plus en plus fluides, l’action de plus en plus lisible.

Full Metal Bitch

Dans un sens, le héros d’Edge Of Tomorrow est invicible. En conséquence, après quelques bobines, l’intérêt du spectateur s’émousse. Autre joli coup des scénaristes, dans un timing impeccable, le héros perd son pouvoir. Dès lors, le film fonce vers son climax. En chemin, quelques « nouvelles » scènes d’action (jamais vécues par le personnage) et réalisées avec un certain savoir-faire. Evidemment, ce que le film gagne en efficacité, il le perd en subtilité. Si le personnage de Tom Cruise a une trajectoire interne basique (de pleutre à action-man), ses relations avec la Full Metal Bitch incarnée avec panache par Emily Blunt sont à peine effleurées. Et bien sûr, tous les autres personnages ne dépassent pas le seuil de la caricature. Mais est-ce vraiment si grave ?

En bref

Après la mégalomanie des années 2000 et quelques échecs, la tête de Tom Cruise semble avoir légèrement dégonflé. Quelques temps après le polar sec Jack Reacher de Christopher McQuarrie, le voici donc dans ce bien troussé Edge Of Tomorrow (dont le scénario est également passé entre les mains de McQuarrie, qui s’est vu confier le prochain Mission: Impossible). Pour l’heure, Edge Of Tomorrow s’inscrit plutôt dans la veine du Looper de Rian Johnson, soit un film qui a pour lui le bon goût de ne pas se prendre au sérieux et la décence d’exploiter pleinement son concept, aussi idiot soit-il.

Réalisateur : Doug Liman

Acteurs : Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton

Durée : 1h53

Date de sortie FR : 04-06-2014
Date de sortie BE : 28-05-2014
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Critique mise en ligne le 29 Mai 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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