Critique de film
Effets Secondaires

Steven Soderbergh l’a affirmé, Effets Secondaires (Side Effects) sera son dernier film. Il ne renoncera pas à la mise-en-scène, au théâtre, voire à la télévision mais il considère qu’il a exploré tout ce qu’il désirait au cinéma et que comme il le dit lui-même « the tyranny of narrative is beginning to frustrate me » (la dictature de la narration commence à me frustrer). Près de 30 longs métrages depuis son incroyable coup d’éclat, Sexe, mensonges et vidéo en 1989 qui est un des très rares premiers films de l’histoire à avoir remporté une palme d’or au Festival de Cannes. Depuis sa carrière n’a cessé de surprendre, il est littéralement insaisissable explorant aussi bien le cinéma populaire (Ocean’s Eleven et ses deux suites), que le film à thèse engagé (Erin Brokovich) qu’un cinéma d’auteur minimaliste où il tente différentes expérimentations (Bubble, The Girlfriend Experience). Egalement monteur et chef opérateur sur la plupart de ses films il s’est aussi révélé à la surprise de tous réalisateur de deuxième équipe sur le récent Hunger Games. Il renvoie l’image d’un cinéaste totalement indépendant qui a toujours fait ce qu’il a voulu sans se compromettre et sans rentrer dans un système hollywoodien de commande et de blockbuster (on se souviendra de son remake ultra minimaliste de Solaris – injustement méprisé alors que c’est un très beau film –). Il a vraiment une carrière unique à Hollywood capable d’enchaîner un énorme succès (Magic Mike) à un film passé totalement inaperçu (Haywire, film d’action concept avec la championne de MMA Gina Carano).

Il y a donc une certaine pression à s’assoir devant l’ultime film d’une telle figure. On pourrait croire à  un film somme, une œuvre majestueuse et ultra ambitieuse pour faire honneur à une carrière hors du commun. Comme on pouvait s’y attendre Effets Secondaires n’en est rien. Pas que le film soit fainéant et sans intérêt, pas du tout mais simplement il pourrait s’intercaler n’importe où dans sa carrière. La spécificité du film à la limite, c’est d’être quelque part une synthèse de la diversité des genres qu’a exploré Soderbergh. Tout commence comme une œuvre à la Erin Brokovich sauf que le sujet est ici la surmédication des patients atteints de dépression nerveuse. La jolie Rooney Mara attend son mari qui sort de prison (Channing Tatum) et se sent déprimée, elle consulte un psychiatre (Jude Law) qui lui prescrit une nouvelle classe d’antidépresseurs très efficaces. Comme son titre l’indique le film se focalise sur les effets secondaires de ces antidépresseurs, très lourds et assez peu pris en compte dans ces prescriptions données un peu légèrement. D’autant plus que rentre en jeu les laboratoires pharmaceutiques qui font tout pour charmer les médecins et les faire prescrire leurs produits.  Il y a donc une véritable dénonciation d’un système vérolé de l’intérieur où l’exploitation de la détresse psychologique des patients se fait à des fins mercantiles. Et puis on a cette impression que les médicaments sont la solution à tous les problèmes (les scènes de consultation sont étrangement vides et ne semblent qu’être une demande d’ordonnance).

Mais à ce premier film très réussi, qui interpelle et donne une certaine idée de la psychiatrie moderne qui s’industrialise comme un banal commerce vient s’agréger un deuxième film beaucoup plus surprenant. Il est difficile d’en parler sans révéler quoi que ce soit sur l’intrigue et le plaisir de ce film tient en grande partie à cette bifurcation. Simplement nous nous contenterons de dire qu’au film à thèse vient se substituer un thriller à l’efficacité redoutable. Soderbergh est particulièrement doué pour organiser une montée en puissance dans la paranoïa à travers plusieurs récits parallèles comme dans Traffic ou Contagion. Ici il y a moins de personnages et de récits parallèles mais on retrouve cette sensation de spirale infernale dans laquelle sont plongés malgré eux les personnages. Le résultat est très grisant et jouissif entre Alfred Hitchcock et Brian de Palma.

Alors on peut regretter une mise-en-scène assez sage, un peu télévisuelle (mais c’était déjà le cas dans le réussi Contagion) et une photo assez terne mais ce serait passer à côté de la redoutable efficacité de l’excellent scénario de Scott Z.Burns (The Bourne Ultimatum, Contagion justement) à laquelle Steven Soderbergh vient apporter son talent pour raconter l’histoire d’une manière resserrée et punchy. Et puis c’est un plaisir d’acteurs, Jude Law en tête qui est parfait dans le rôle de ce psychiatre mi victime, mi coupable d’un système qu’il ne maîtrise pas. Rooney Mara confirme les espoirs placés en elle depuis le Millenium de David Fincher. Et c’est agréable de retrouver Catherine Zeta Jones qui avait totalement disparu des écrans depuis Chicago.  

C’est donc sur un bon film que se termine (enfin pour l’instant ça ne surprendrait personne de le voir revenir au cinéma) la carrière de Steven Soderbergh. Pas un film extraordinaire, ni même inoubliable mais un bon film divertissant et approfondissant un sujet peu connu (les antidépresseurs) et pourtant omniprésent de nos jours. Alors à défaut de lui donner un prix pour l’ensemble de sa carrière on peut tout simplement aller voir son dernier film en forme d’hommage. Vous ne serez pas déçus, passerez un bon moment et regretterez d’autant plus la retraite anticipée d’un cinéaste définitivement à part.

Durée : 1h46

Date de sortie FR : 03-04-2013
Date de sortie BE : 10-04-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Kimmel
20 Décembre 2015 à 13h39

On peut avoir le meilleur réalisateur meilleurs acteurs, effets secondaires n est au fond qu'un pale remake de sang chaud pour meurtre de sang froid sans le brio de Kim Basinger et l'intensité de l'original. Symptôme de l'amnésie collective de notre temps : personne ne l'avait remarqué. Simple complaisance pour Steve Soderberg ou effet secondaire dd'un traitement psychiatrique?
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Critique mise en ligne le 28 Février 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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