Critique de film
Ultimo Elvis

Ultimo Elvis raconte l’histoire mélancolique de Carlos Gutiérrez, un ouvrier argentin qui est un sosie officiel d’Elvis Presley. Doté de la voix du King, ce père de famille célibataire estime qu’il n’a pas la reconnaissance qu’il mérite et s’engage dans une voie sans retour. Armando Bo, réalisateur dont c’est le premier film, a peu de compassion pour son personnage et pour ceux qui vivent leur vie par procuration. Au prix d’une mise en scène naturaliste sans appel, il dresse le portrait d’un homme qui a troqué sa vie pour une chimère fanatique.

Le cinéma argentin se porte toujours aussi bien, c’est le nouvel Eldorado cinéphile. Et pour une fois, pas de Ricardo Darin à l'affiche. Le réalisateur avait pourtant prévu qu’un acteur connu incarnerait le rôle et c’est pour finir John Mc Inerny, un véritable sosie d’Elvis, qui a endossé, assez merveilleusement, le costume à paillettes. Tant mieux ! C’est toujours frappant de voir à quel point les acteurs non professionnels peuvent être époustouflants pour leur premier rôle.

Ultimo Elvis est une photographie en mouvement. On feuillette à un instant X la vie de cet homme, ouvrier à la chaîne de jour, chanteur de nuit. Rien ne nous dit d’où il vient et ce qui l’a amené là, juste un rapide passage sur un album de photos pour combler les blancs. On imagine qu’il a mené une vie qui ne lui convenait pas. Armando Bo a peu de considération pour ces faux artistes qui survivent du succès de leurs idoles et ce manque de compassion pour son personnage principal se ressent dans la manière qu’il a d’en faire un anti-héros à moitié sympathique, il le dépeint comme un père à peine capable de s’occuper de sa fille.

Le choix d’Elvis n’est pas anodin. Pour le réalisateur, Elvis lui-même a été une caricature de lui-même à la fin de sa vie. Beaucoup de stars le deviennent d’ailleurs. Johnny Halliday est devenu depuis quelques années la caricature triste de ce qu’il a été. Carlos Gutiérrez pousse évidemment la ressemblance jusqu’au bout et dans une scène qui n’est pas sans rappeler la séquence finale de Reality de Matteo Garrone.

C’est un scénario bien ficelé certes, une mécanique bien huilée pour Armando Bo, déjà scénariste du Biutiful d’Inarritu, mais le film ressemble à une mise à mort, à un jugement constant de l’artiste réalisateur sur le petit sosie à la vie misérable. Ce manque d’empathie pour le personnage est dérangeant parce qu’on comprend vite la finalité de la démonstration. Le film est rapidement prévisible.

Finalement heureusement que John Mc Inerny envoie une partition sans faute, le visage triste, concentré sur son objectif. La caméra l’isole dans le cadre à force de le mettre à nu mais il parvient à exister au-delà du film par cette luminosité qui se dégage de son sourire rare. Le plus intéressant dans ce film est sans doute qu’un acteur, lui-même fan d’Elvis depuis son enfance, ait accepté de jouer ce rôle sachant ce que pensait le réalisateur des hommes comme lui. Cette mise en abîme de sa propre vie à l’écran est assez forte à posteriori. 

Réalisateur : Armando Bo

Acteurs : John McInerny, Griselda Siciliani

Durée : 1H28

Date de sortie FR : 16-01-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 22 Novembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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