Critique de film
Elle l'adore

Coach de vie sexuelle dans les Infidèles, bourgeoise coincée dans Neuf mois ferme ou institutrice bienveillante dans Le Petit Nicolas, celle qui casse les codes du rire en utilisant son côté froid et distant est devenue, en 28 ans de métier, l’arme secrète du cinéma comique français. Sandrine Kiberlain brille pourtant plus aujourd’hui qu’en début de carrière. Pour preuve, elle reçoit en 2014 le César de la meilleure actrice. Dans Elle l’adore, la comédienne interprète avec brio le rôle d’une femme qui colle à sa démesure. 

A l’écran, Muriel est un personnage frais, excentrique et mythomane, fan incommensurable du chanteur à succès, Vincent Lacroix. Derrière le faste d’une vie de luxe, ce dernier vit cependant une histoire d’amour compliquée. Un soir, après une altercation musclée, l’artiste tue malencontreusement sa compagne et décide de cacher le corps. Il se tourne alors vers Muriel pour l’aider dans cette manœuvre…

Un comique de situation efficace

Résolument comique, le scénario pousse les limites de la crédibilité pour emporter le rire. En cela, plusieurs scènes sont particulièrement bien construites. La meilleure est sans aucun conteste celle de l’interrogatoire. Dans un bureau de police austère, les enquêteurs souhaitent faire flancher Muriel pour qu’elle avoue son implication dans le meurtre. C’est sans compter l’aplomb monumental de la jeune femme qui réussit à se sortir des plus grandes questions pièges. L’écriture des dialogues est parfaite. Astucieuse et ubuesque, elle laisse place aux talents d’interprétation des acteurs. La scène adopte en cela les codes du théâtre. Le ton est également très singulier. Plus lent, voir dramatique, au début, la cadence s’accélère à  mesure que le cerveau de Muriel invente des histoires farfelues. Elle en fait le moment le plus drôle du film.

Problème de rythme

Au-delà de ces moments singuliers, le film souffre d’un problème de construction lié à un montage imparfait. Le premier acte traîne en longueur et l’intrigue peine à s’installer efficacement. On anticipe les nœuds dramatiques en attendant trop le lancement de l’enquête, événement perturbateur, qui lance véritablement la machine. On aurait également aimé que certains éléments soient plus exploités. Par exemple, cette mythomanie du personnage principal aurait pu aboutir à créer des doutes dans l’esprit du spectateur sur la réalité de son histoire avec Vincent Lacroix. De plus, certains aspects manquent de crédibilité. Un chanteur aurait-il vraiment fait appel à sa plus grande fan, qu’il ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam, pour cacher le corps de sa compagne ?

La simplicité en fer de lance

Ces multiples imperfections n’en font certainement pas le film de l’année. Pour autant, on prend plaisir à se plonger dans cette ambiance légère et simple. Derrière la caméra, pour son premier long métrage, la réalisatrice, Jeanne Herry, impressionne sans être démonstrative. Une œuvre plaisante sans aucune fioriture.

Durée : 01h44

Date de sortie FR : 24-09-2014
Date de sortie BE : 24-09-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 15 Septembre 2014

AUTEUR
Antoine Corte
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