Critique de film
Elser, Un Héros Ordinaire

Héros ou terroriste

Bien sûr, il est intéressant de voir ce biopic sur la vie ordinaire de ce héros nommé Georg Elser, car de nombreuses théories ont été envisagées à propos de ce personnage, qui a manifestement créé le trouble autour de lui. De l’autre côté du Rhin, il a longtemps été considéré comme un terroriste puisque la plupart des allemands étaient des partisans au régime nazi. Plus tard, quand il est enfin reconnu comme résistant, Rainer Erler lui consacre une fiction, Der Attentäter, mais le dépeint comme un marginal isolé.

Libre arbitre

C’est donc bien une histoire de point de vue, car en effet Georg Elser a agi seul dans le but d’éliminer Hitler, le 8 novembre 1939, quand il dissimula des explosifs dans la grande salle de la brasserie Bürgerbräukeller, à Munich. Dès le début du film, nous savons que l’attentat a échoué car Hitler et ses sbires, ont quitté les lieux prématurément. Et voilà c’est plié, le projet étant de montrer qu’un homme normal en toute indépendance d’esprit, peut s’opposer à un régime qu’il juge brutal et illégitime, et que simple artisan en ébénisterie, il est capable de construire une bombe. Alors que Elser est arrêté et torturé par la Gestapo, qui le suppose membre d’un complot plus vaste, les scènes d’interrogatoires sont alternées au montage par des séquences en flash back, représentant les quelques années qui ont précédé la montée du nazisme. Elser était encore un jeune homme libre, qui batifolait au bord du lac Constance, en jouant de l’accordéon. Mais il doit retourner dans sa Bavière natale, afin d’aider son père devenu un alcoolique notoire. C’est alors qu’il évalue les changements au sein de la communauté : les croix gammées partout, les enfants des Jeunesses hitlériennes raillent les dévots chrétiens, les femmes ayant des relations avec des juifs sont humiliées sur la place publique, et la fête de la moisson devient une manifestation du Parti national-socialiste.

Confusion

Si les séquences au QG de la Gestapo sont assez réussies, le montage alterné n’est ni ingénieux, ni efficace, et ne sert jamais le récit, qui devient par ce retour dans le temps systématique et à intervalle régulier, rébarbatif, ennuyeux et prévisible. C’est aussi un choix étrange de vouloir tout raconter de cet homme, car cela n’apporte pas grand chose et le procédé n’est pas très subtil. Quand Elser explique à l’officier Arthur Nebe, les raisons de son acte, en lui affirmant qu’il s’est comporté en homme libre, celui-ci lui répond : « C’est à dire ? ». Bon, c’est assez bien vu de montrer la force de la propagande nazi, et comment d’emblée, Elser lui a résisté. Mais quand à la campagne on lui demande comment il gagne sa vie, il répond en fixant son interlocuteur également bien droit dans les yeux, qu’il est un ébéniste indépendant. C’est une vraie tournure d’esprit. Aussi, il s’éprend d’une femme mariée et s’installe au domicile conjugal, où il loue une chambre, alors que tout le village sait qu’il entretien une relation avec cette femme, épouse d’un homme, que les scénaristes ont bien chargé aussi. Pour bien signifier que c’est un salaud, veule, violent, vulgaire, presque une caricature du genre. C’est sûr Helser à côté, c’est la 8ème merveille du monde. Enfin tous ces détails épuisent le récit, qui manque de souffle. Même s’il est un homme ordinaire (encore faudrait-il s’accorder, sur les définitions de héros et d’homme ordinaire), les actions qu’il mène n’en sont pas moins risquées. Le film n’a rien de ce thriller annoncé, il se déroule péniblement. Un docu-fiction sur Arte, pour ses qualités pédagogiques et historiques eût sans doute fait le même effet.

Pourtant le couple d’acteurs Christian Friedel (Georg Elser) et Burghart Klaussner (Arthur Nebe), déjà réunis dans Le ruban blanc de Michaël Haneke, est assez captivant dans les séquences d’affrontement, lesquelles sont plutôt bien mises en scène, parfois en trio avec Johan von Bülow (Heinrich Müller). Quoique si ce dernier est décrit à juste raison comme une brute épaisse, l’ambiguïté lié au personnage d’Arthur Nebe qui va évoluer avec le temps et devenir un personnage presque sympathique, alors que l’on sait qu’il est à l’origine de l’extermination de plusieurs dizaines de milliers de malades mentaux, est un peu gênant quand même. Beaucoup de désordre finalement dans cette histoire vraie. Les scénaristes allemands devraient se méfier des projets de biopics aussi louables soient-il, car si cela peut sembler pratique, ils ne les servent pas toujours.

Barbara Alotto

Durée : 1h54

Date de sortie FR : 21-10-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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luc nemeth
29 Octobre 2015 à 19h55

Bonjour. D'accord avec vous, là où il est question de l'évocation abusivement "sympathique" d'Arthur Nebe, mais je crois que le problème vient de la difficulté d'écrire un scenario autour d'une histoire dont le spectateur connaît déjà la fin. Les procédés les plus couramment utilisés pour contourner cette difficulté sont : soit, l'introduction de suspense -malgré tout-, soit, celle de "conflit psychologiques".
Bien que la sortie de ce film soit à mon sens une bonne chose (et après tout rien n'empêchait Arte, dont vous nous parlez, de se manifester...) je déplore la faiblesse d'écriture du scenario -qui n'enlève rien à la qualité de la réalisation.
Hirschbiegel avait ici un boulevard, qui s'ouvrait devant lui, avec la question des treize-minutes-de-retard. Il aurait pu monter en épingle les discussions de dernière minute qui avaient abouti, dans les hautes sphères, à ce qu'Hitler écourte son discours. Or cette péripétie n'est évoquée qu'à travers un bout de papier qu'on lui glisse sous le nez alors qu'il est à la tribune, et que le spectateur a à peine le temps de lire.
Hirschbiegel a donc fait le choix du "conflit psychologique" -avec ce qu'il a effectivement d'irréaliste, dans le cas de Nebe ici principal concerné ; mais je ne suis pas sûr que ce soit un choix calculé. En effet l'auteur du scenario avait déjà travaillé sur Sophie Scholl, avec tout ce que cela comporte d'imprégnation religieuse et de croyance dans le possible repentir...
Et d'ailleurs j'ai par moment été agacé par toutes ces bondieuseries qui au total composent une image d'Elser qui me paraît tout de même un peu éloignée, de celle que j'avais retenue de lui après lecture(s).
Il finit même par apparaître comme quelqu'un qui voit surtout en Hitler comme une incarnation métaphysique du Mal, ce qui comporte une part de vérité, mais amène le scénariste à escamoter tout ce qu'il put y avoir de tout à fait concret dans sa démarche. En effet son projet ne germe pas (comme pourrait le laisser croire le film) en 1939, après la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne et de la France à l'Allemagne, mais à la fin de l'année 1938, lorsqu'au lendemain de la Conférence de Munich règne l'illusion que la Paix vient d'être sauvée ; et le parti communiste allemand n'est alors pas le dernier à entretenir cette illusion. Mais Elser, lui, trouvant sur ce point le courage de penser contre son propre camp, estime que c'est du pipeau, et qu'en réalité Hitler va poursuivre sa politique d'agression. Il ne pense pas que son attentat, à lui seul, réussira à débarrasser l'Allemagne du nazisme mais considère que le successeur se montrera beaucoup plus prudent avant d'engager la "marche vers l'ouest", qui constituait alors un des objectifs du führer...
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Critique mise en ligne le 21 Octobre 2015

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