Critique de film
Fils de

Il y a des parcours cinématographiques atypiques qui forcent le respect, d’autres qui semblent tombés dans le circuit par hasard et adoubés par la critique et la profession en dépit de tout bon sens. C’est le cas d’HPG, la version hardeur gonzo d’Eric Cantona, une sorte de poète prophète en son pays, l’île nombrilicus. HPG, le narcisse, mort noyé de trop s’observer le bout du gland ou de se mirer la boule à zéro dans le miroir de la salle de bain. Cette fois-ci, il réfléchit la paternité après avoir éprouvé l’œil du spectateur dans ses mouvements de bassin ou son Van Dammesque On ne devrait pas exister. Le Monde, sous la plume d’Isabelle Reigner écrivait  à l’époque: « … le film pose toutes sortes de questions et regorge d’idées qui en font la saveur ». Les Inrocks, jamais avares de copinage et de jugement artistique hérétique : « HPG invente, innove, découvre ». Il y a fort à parier qu’une partie de la presse s’emballera pour cette nouvelle mise à nu, s’émerveillera devant ce nouveau déballage d’intimité.

Dans Fils de, HPG abandonne la fiction pour se poser une question, question qui sera le fil conducteur d’un petit documentaire familial de 70 minutes où aucune réponse censée ne sera apportée et c’est tant mieux... au moins HPG même s’il parle seul et éprouve sa folie réflexive devant et derrière la caméra n’impose pas son point de vue. Il délivre impudiquement son tâtonnement, comme si un enfant apprenait soudainement à réfléchir et qu’on assistait par hasard à l’éclosion de sa pensée. Celle d’HPG ne vole pas au-dessus du marché aux mouches, elle se confronte à sa petite voix intérieure. Il semble en lutte avec les idées qui se bousculent dans son cerveau, dont il nous épargne la traduction, et celles qui choisissent, de manière aléatoire, de former des sons. Face à lui, des acteurs professionnels, Karina Testa, Izia Higelin ou encore le chanteur Christophe qui participent entre amusement et stupeur à ses incantations ésotériques.

Quelques saillies comiques ou pathétiques (la frontière est mince), un mouvement de caméra qu’on croirait sorti de Tree of life, HPG poursuit la course de son fils dans un travelling de dos, et une tendresse générale, non une compassion plutôt pour cet homme, sa femme et ses deux enfants qui ont décidé de faire une journée portes ouvertes de leur vie.

HPG n’est pas qu’un vit, un compulsif boulimique, un collectionneur de corps défini par son carnet vert de conquêtes, c’est aussi un homme qui s’interroge. Filmer sa propre interrogation quand on peine encore à la formuler est sacrément gonflé. La folie est-elle un rempart contre le doute ? Dans ce dédale de phrases non achevées et de mouvements de caméras erratiques, le cinéma souffre mais résiste, parfois même il perce, comme ça, un peu par hasard… il réaffirme son principe, il est polymorphe et choisit de s’exprimer comme il l’entend, même sans style et sans direction, par la plus simple expression d’une volonté. Après, débrouillez-vous avec cela mais c'est sans doute le plus joli film d'HPG.

Réalisateur : HPG

Acteurs : HPG, Gwenaëlle Baïd, Christophe, Izia Higelin

Durée : 1h10

Date de sortie FR : 29-10-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 23 Septembre 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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