Critique de film
Five

Five comme son titre l'indique c'est l’histoire de cinq potes d'enfance qui se sont toujours promis de vivre ensemble. Alors qu'ils viennent d'emménager dans un grand appartement parisien, Samuel, interprété par Pierre Niney ne va plus pouvoir payer le loyer (car il payait presque l'intégralité du loyer de l'appartement) mais, ne voulant pas décevoir ses amis il va tout faire pour continuer à poursuivre leur rêve de colocation. Les teasers et différentes bandes annonces laissaient présager un vent de fraîcheur sur une comédie française sclérosée entre la vulgarité crasse d'un Babysitting et le revival effrayant des vieux ringards (Les Visiteurs 3, Camping 3). Et si le film emprunte pas mal à la comédie stoner américaine (on pense pas mal à Pineapple Express) il faudra repasser pour la nouvelle comédie culte et générationnelle.

Plusieurs gros problèmes handicapent Five. En premier lieu la promesse totalement mensongère du titre. Prétendant faire un grand film de potes, une ode à l'amitié Igor Gotesman rate totalement la cible. Hors des deux personnages principaux, Pierre Niney et le copain pothead François Civil, les trois autres amis n'existent absolument pas. A peine définis par des traits de caractère réducteurs et faciles ils ne sont que des ombres qui passent sans aucune incidence sur le récit. Le pire étant sans doute le copain black qui à lui seul représente un peu une parodie du quota de représentation des minorités visibles. N'étant défini que comme un « queutard » (qui ne couche d'ailleurs qu'avec des filles blanches) il semble perdu dans un film qui ne le concerne pas ayant quelque chose comme trois lignes de dialogue de tout le film. Cette écriture catastrophique culmine lors des scènes à cinq où le réalisateur tente d'instaurer un esprit de troupe, une camaraderie qui remonterait à l'enfance mais ça tombe tristement, lamentablement à plat. Aucune complicité entre les personnages, aucun point commun qui permettrait de rendre crédible cette amitié de deux décennies. A l'image du personnage de Nestor donc (l'ami noir) toujours en retrait marchant derrière les autres comme s'il avait été rajouté au dernier moment (il est d'ailleurs assez ironiquement déjà largué sur l'affiche). 

A cette écriture calamiteuse il faut rajouter un humour tristement au ras des pâquerettes misant avant tout sur une vulgarité extrême dans les dialogues. Comme si en 2016 il suffisait de dire les pires horreurs visant à choquer le bourgeois pour provoquer l'hilarité dans la salle. Surtout quand lesdits dialogues sont des blagues graveleuses sexistes et beaufs. Tout cela au sein d'une intrigue faussement rythmée de deal de shit foiré et de comment trouver 10 000€ en deux jours. Fonctionnant comme une série de sketchs mal reliés entre eux par un fil narratif aussi inconsistant que mal écrit on navigue donc dans un océan de scènes toutes plus inégales les unes que les autres sans qu'une vraie personnalité, qu'une vraie proposition ne se dégage de l'ensemble. 

Que reste-t-il alors de cette comédie médiocre ? Il reste Pierre Niney absolument excellent qui brille dans presque chacune de ses interventions dévoilant une large palette comique aussi bien verbalement (cette manière de bégayer, de jouer le malaise) que physiquement (grand corps maladroit). Il surnage littéralement au milieu d'un océan de tiédeur et d'indifférence. 

Un mauvais film, par moment presque désagréable dans sa vulgarité très hétéro blanc bourgeois parisien, sauvé très sporadiquement par la prestation isolée d'un Pierre Niney très à l'aise dans la comédie. Son comparse François Civil dans un rôle de fumeur de joints benêt cliché parvient aussi à quelques reprises à sortir son épingle du jeu et à faire sourire. Mais c'est loin d'être suffisant pour donner à cette comédie télévisuelle ratée un quelconque intérêt. Pour la comédie française qui réveille un peu le genre et qui dévoile un ou des auteurs talenteux on patientera encore en se tournant en attendant vers les anglo-saxons. A force d'attendre le miracle finira bien par arriver. 

Durée : 1h43

Date de sortie FR : 30-03-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 24 Mars 2016

AUTEUR
Grégory Audermatte
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