Critique de film
Foxfire

Curieux choix pour Laurent Cantet que cette adaptation en langue anglaise du roman Foxfire, Confessions of a Girl Gang de Joyce Carol Oates alors que ce dernier a déjà été porté à l’écran en 1996 avec Angelina Jolie dans le rôle emblématique de Legs. La nuance entre les deux films est d’ordre historique, le film de 1996 était situé dans une temporalité contemporaine alors que celui du réalisateur français se déroule dans les Etats-Unis des années 50.

Si l’on s’étonne si souvent de voir des adaptations déclinées en multiples versions alors qu’il ne faut y déceler que l’expression d’une peur chronique des producteurs, celle du scénario original, on peut par contre comprendre que Cantet se soit attaqué à ce sujet qui est finalement le prolongement de son précédent film Entre les murs (Palme d'Or 2008). C’est ce thème de la jeunesse qui le hante et dont il ne peut se départir. Il faut imaginer d’ailleurs ce gang de filles comme le prolongement d’un mouvement, celui entamé dans la classe d’Entre les murs où les élèves armés d’une conscience politique décideraient de prendre les armes pour se créer un monde acceptable.

Cette expression de la liberté anarchiste, Cantet l’admire. Il couve ses adolescentes avec tendresse, les anime d’une volonté infaillible, les expose en victimes avant de les adouber vengeresses. Foxfire revenges, autant de tags qui ornent les murs de cette petite ville des states où les femmes n’ont qu’une position inférieure à celle des hommes. Parce qu’il est surtout question de féminisme dans Foxfire. Un groupe de cinq étudiantes emmené par Legs (Raven Adamson) se constitue en gang. Leur but est simple, ne plus se laisser marcher sur les pieds, lutter contre le sexisme et les violences sexuelles qu’elles subissent constamment. That’s all.

C’est tout, oui. Le groupe se construit, fait des virées en jolies voitures d’époque, tague quelques murs, élabore un manifeste et surtout un sens de la responsabilité commune qui ne tiendra évidemment pas. Ces jeunes femmes sont toutes esseulées, une fois encore les parents sont alcooliques, démissionnaires, absents et la belle idée du roman c’est qu’elles se créent un présent communautaire en s’achetant une vieille maison à l’abandon dans laquelle elles crécheront et fomenteront leurs coups. Le combat évoluant progressivement de la lutte des sexes à la lutte des classes. Une fois leur position féministe assise, les jeunes femmes sont obligées de trouver de l’argent, bien que l’argent soit un asservissement et la mort philosophique de la liberté communautaire, mais ça elles l'oublient. S’en suivra toute une série de séquences présentant les hommes comme des prédateurs sexuels sanguinaires qu’elles abuseront en jouant de leurs charmes condamnées qu’elles sont par l’époque à ne s’en sortir qu’en promettant un dégradé de peau. C'est très manichéen évidemment.

Tout ça est bien gentil mais le scénario n’accouche d’aucun sursaut, d’aucune émotion, d’aucune surprise. Il accomplit sa courbe avec élégance, remerciant au passage la mise en scène très classique de son réalisateur qui en doublant les caméras a pu se passer des sempiternelles scènes de dialogue en champ contre-champ. C’est propre et lisse, on s’y ennuie poliment, réveillé de temps à autre par le jeu approximatif de cette ribambelle de nouvelles figures qui s’improvisent actrices. La direction de Cantet, censée être son point fort, est approximative, il y a c’est vrai tant de fougue à contenir dans le cadre. Le gang compte 11 têtes au pic de sa popularité.

Cantet ne parvient jamais à animer ses personnages d’un sens du combat physique. La mise en scène est beaucoup trop réservée, contenue. L’idée du narrateur n’est pas forcément une bonne idée d’ailleurs, ça a un côté extrêmement attendu, téléguidé. On ne retiendra pas grand-chose de ce film, ni ce qui a bien pu le motiver, ni ce qu’il a cherché à présenter si ce n’est d’être le témoin en mouvement de la position des femmes dans la société américaine il y a de cela 60 ans. De là à affirmer qu’il y a un parallélisme à faire avec notre société… 

Parmi les actrices, nous retiendrons Madeleine Bisson dont le rôle de Rita est finalement le plus intéressant puisqu'il est en constante mutation tout au long du film. Les autres personnages étant beaucoup plus linéaires, à l'image du film.

Durée : 2h23

Date de sortie FR : 02-01-2013
Date de sortie BE : 13-03-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Laruelle
25 Janvier 2013 à 13h41

Entièrement d'accord avec ce qui est dit dans l'article sur la platitude du film et de l'ennui croissant qui s'en dégage (je suis parti 10 mn avant la fin, se qui ne m'arrive jamais!) Connaissant un peu le cinéma de Cantet (l'emploi du temps, la question humaine),je m'interroge encore sur le POURQUOI de ce film.
Pourquoi cet éternel bavardage qui pourrit le cinéma français? Quand nos réalisateurs comprendront ils que le cinéma ce n'est pas le théâtre, ce n'est pas du récit, si c'est un langage, ce n'est pas du discours (n'en déplaise à Luccini),le cinéma c'est avant tout de L'IMAGE(le cinéma a à voir avec la peinture) et de l'ESPACE, l'espace de l'action mais également un espace vacant dans lequel on peut se glisser nous, spectateurs, espace du rêve, du rire, espace critique... Les américains l'ont compris, les asiatiques, les argentins, les serbes, les iraniens et bien d'autres encore. POURQUOI pas nous?
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Critique mise en ligne le 10 Janvier 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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