Critique de film
Frances Ha

Elle court le long d’un beau travelling emprunté à Mauvais Sang de Carax en inversant juste le sens, dansant comme Denis Lavant sur le Modern Love de Bowie. Greta Gerwig est Frances Ha, une Bridget Jones bobo et intello qui achève sa mue d’adolescente troquant une colocation pour une autre dans un New York plaqué d’un noir et blanc arty. Elle est aussi gauche et maladroite que touchante, l’incasable Frances dont la personnalité fusionne avec les précédents personnages de Gerwig l'actrice, surtout la Florence de Greenberg (précédent film du réalisateur Noah Baumbach) et la Violet de Damsels in Distress. Cette impression de personnage réaliste, torturé et volubile, est la conséquence d’une implication scénaristique de Gerwig dans le projet ce qui en accentue le lyrisme et l’affuble d’un manteau de mélancolie qui lui colle à la peau.

Le film est lumineux, positif, il s’achève sur une éclosion d’un être accompli, enfin en harmonie avec ses attentes indéfinies mais malgré tout c’est la tristesse qui prédomine, tristesse dont on se départit avec lenteur. On en ressort lessivé ! Le moral en berne, plombé par l’addition des échecs auxquels doit faire face Frances depuis qu’elle a été abandonnée par sa colocataire et meilleure amie, voyant se briser de facto le fantasme de l’adolescente qui avait quitté le giron familial pour vivre une amitié décomplexée. Incarnation de son époque, Gerwig promène Frances de chambres en chambres, passant d’un appartement rive gauche à un antre de petits garçons riches avant d’échouer dans un repère de jeunes nantis républicains qui parlent de réussite financière et d’épanouissement dans la maternité. Au milieu de ces univers cloisonnés signifiés par des chapitres portant les noms des rues où elle habite, Frances existe en apnée, cristallisant les espoirs et les angoisses d’une génération financièrement interdépendante.

La mise en scène de Baumbach est minimaliste. Elle s’appuie sur le verbe et l’ellipse pour créer du mouvement et ce mouvement est la traduction de l’évolution de Frances, une jeune femme contemporaine coincée entre une ambition artistique et un réalisme de la facture mensuelle. Gerwig continue de progresser, à travers une filmographie qu’elle se dicte, dans un long chemin asexué... s’autorisant seulement des amours platoniques. Tous les soirs elle le répète comme un mantra « Je t’aime ». Elle le murmure plus précisément à sa colocataire avant de s’endormir. L’acceptation de cet état de fait, de cette solitude intrinsèque de la trentaine fait chavirer le cœur du spectateur qui s’y reconnaît ou y relit une interprétation sensible de son passé. Gerwig va finir par devenir l’icône d’une génération qui accepte la défaite et l’affiche avec effronterie comme trait de la personnalité.

Le scénariste de Wes Anderson (Life Aquatic, Fantastic Mr Fox) choisit le noir et blanc parce que c’est beau. On ne lui trouve guère d’autres justifications. Ca n’a plus rien de vintage, c’est juste rétro comme son actrice principale, contemporaine dans sa conversation mais rétro comme la Nouvelle Vague et le 5e arrondissement dans lequel elle passe un week-end. Le risque c’est que Gerwig ne devienne un cliché d’une rébellion artistique déjà rabâchée, le porte-parole de la génération intellectuelle sacrifiée et porteuse d’un idéal cinématographique porté par le langage davantage que par la mise en scène. Ce langage discourt sur la banalité, évoquant les affres du sexe et de l’inconsistance avec le plus grand sérieux. Gerwig met sa vie en scène, c’est beau et touchant à la fois mais terriblement narcissique. Une cartographie des sentiments auquel il manque désespérément un corps à corps froidement esquissé dans Greenberg

Durée : 1h26

Date de sortie FR : 03-07-2013
Date de sortie BE : 03-07-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Wilyrah
29 Juillet 2013 à 13h02

J'ai trouvé ça assez désagréable et maniéré. Du cinéma artyficiel pour bobos à flatter.
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Critique mise en ligne le 02 Juillet 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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