Critique de film
Gaspard va au mariage

Le troisième film d’Antony Cordier, après l’oubliable Happy Few, s’essaye à un genre quasiment vierge dans le paysage du cinéma français contemporain : la fable auteuriste comique et burlesque. Au premier abord, cette balade autour d’une filiation contrariée dans un zoo réjouit avant de s’enliser et de devenir complètement paresseuse.

Gaspard va au mariage introduit Laura (Laetitia Dosch) – jeune femme qui marche sans but apparent – qui suit un groupe de manifestants s’enfonçant dans la forêt avant de se menotter à un chemin de fer. Le train s’arrête. Pendant un temps, on espère que le long métrage va s’amuser à faire dérailler la narration. Gaspard (Félix Moati) rencontre alors Laura qu’il invite spontanément au remariage de son père volage (Johan Heldenbergh), pour éventuellement s’émanciper de cette famille fantasque. Le film adopte un récit structuré par des chapitres mais ressemble à une succession de vignettes sans consistance, avec des intermèdes musicaux, des ralentis, et servies par une mise en scène démonstrative : imagerie surannée comme une pellicule brûlée pour évoquer le temps évanoui d’une mère défunte. Antony Cordier semble animé par une obsession des corps : la sensualité glacée de Douches froides (2005) et l’échangisme de Happy Few (2010) ont laissé place aux questions d’inceste et de pulsion animale, ce qui laisse entrevoir des séquences scabreuses et des métaphores appuyées sur les animaux.

Inventions défectueuses

Tout au long du film, il est question de Gaspard qui a confectionné – durant sa tendre enfance – de nombreuses inventions loufoques et imaginatives, dont une bouteille de champagne avec un petit parachute destiné au bouchon propulsé dans les airs. « À quoi ça sert ? », demande Laura incrédule. « À rien, lui répond le père, c’est joli ». Cette invention inoffensive ressemble à Gaspard va au mariage, c’est vaguement séduisant, aérien, mais surtout inconséquent. L’utilisation du zoo comme espace scénographique et dramaturgique peut prêter à l’émerveillement, dommage qu’il soit aussi opportuniste. Galerie de personnages/galerie d’animaux que l’on feuillette comme dans un glossaire, dans cette gigantesque maison en forme de cabinet des merveilles. Le film hésite à croiser les genres, dont celui de la screwball comedy, notamment avec ce fauve en liberté qui évoque L’impossible Monsieur Bébé d’Howard Hawks, mais surtout ces personnages attachants dans leur excentricité : Coline (Christa Théret) qui ne se déplace jamais sans sa peau d’ours, le père qui plonge dans un aquarium pour faire peau neuve, ou la belle lunaire Laetitia Dosh, révélée dans Jeune femme, qui baigne dans la facétie.

Néanmoins, on est loin de la fougue du cinéma d’auteur comico-poétique d’Antonin Peretjatko et sa Loi de la Jungle, loin de la bienveillance communicative de Cameron Crowe (Nouveau départ) ou encore de l’incroyable bestialité de Roar (Noël Marshall – 1981) qui ressort au cinéma ce mois-ci.

Durée : 01h43

Date de sortie FR : 31-01-2018
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 06 Février 2018

AUTEUR
William Le Personnic
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Amoureux du cinéma et de l’art pour mieux comprendre le monde, veilleur et archiviste de l’image, c...
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